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L’Allemagne doit être à côté de la France dans la lutte contre le terrorisme

Source:  Bundeswehr/Sebastian Wilke

Source: Bundeswehr/Sebastian Wilke

Après les terribles attentats de Paris, les Allemands, opinion publique et médias, ont immédiatement affirmé leur solidarité et leur envie d’être aux côtés de leur voisin. Quant au gouvernement allemand, il a d’abord annoncé soutenir la France sur le plan militaire au Mali, pour soulager l’armée française, qui augmente sa présence en Syrie. Mais, et cela est une surprise, la Bundeswehr interviendra aussi en Syrie, avec des tornados qui pratiqueront de la reconnaissance, et avec une frégate qui est censée participer à la sécurisation du porte-avion Charles de Gaulle. Est-ce une bonne nouvelle ou est-ce une goutte d’eau dans un océan de difficultés qui attend la France ?

Tout d’abord, l’Allemagne se sent ultra-concernée par les attentats de Paris : en dehors de l’aspect purement compassionnel, les joueurs de l’équipe nationale de football étaient présents à Saint-Denis, et deux Allemands sont décédés au Bataclan et aux alentours. Les télévisions allemandes ont fait beaucoup d’émissions dédiées, et les journaux ont tous produit des cahiers spéciaux à l’occasion. Le pays considère qu’il n’est absolument pas à l’abri d’évènements semblables. L’annulation d’un match de football à Hanovre deux jours plus tard pour des raisons de sécurité n’en est qu’un petit exemple. Par ailleurs, l’arrivée massive de réfugiés syriens depuis l’été, qui convergent majoritairement vers l’Allemagne, rend la problématique syrienne très présente dans la vie quotidienne. Dans quelques mois, les réfugiés d’origine syrienne constitueront plus d’un pour cent de la population allemande, puisqu’il est question d’au moins un million de réfugiés pour l’année 2015. Les Syriens obtiendront tous le statut de réfugiés politiques, et ce pour 3 ans dans un premier temps, c’est ce que la chancelière a décidé, contre l’avis de la plupart de ses amis politiques, qui souhaitent limiter leur séjour à un an.

Dans l’ensemble, les Allemands considèrent que le sujet des réfugiés syriens et le sujet du terrorisme islamiste sont deux choses très différentes. Il n’empêche que ces réfugiés ont précisément fui la terreur islamiste, et comme la France et la Russie ont été « punies » par les terroristes d’être intervenu militairement en Syrie, l’Allemagne pourrait l’être également, et ce en raison de sa politique d’accueil.

Voilà pourquoi l’Allemagne est plus que concernée. Mais son armée, la Bundeswehr, est essentiellement vouée à la défense de son propre territoire, et a été construite notamment pour parer une agression de la part de l’Union Soviétique et ses satellites durant la guerre froide. Sa présence sur  des scènes extérieures  (Kosovo et Afghanistan essentiellement) est toute récente. Le livre blanc de 2006 stipule néanmoins qu’elle doit participer à la stabilité dans un cadre européen et au-delà. Nous y sommes : si la stabilité de l’Europe est menacée, l’Allemagne doit répondre présente.

C’est donc une bonne chose, et cela montre que le franco-allemand fonctionne. Cependant, et il ne faut pas se leurrer là-dessus, tout a un prix : si la chancelière a été aussi rapide pour assurer un soutien militaire, elle attend de la France de soutenir davantage l’Allemagne dans l’accueil des réfugiés. Le quota français de 24.000 sur 2 ans va donc très probablement augmenter, et on peut considérer que c’est une bonne chose. Mais il faudra agir avec prudence, et la frilosité du premier ministre Manuel Valls montre que le sujet reste délicat en France, en raison d’un Front National qui semble profiter électoralement des évènements tragiques.

26 novembre, 2015 à 18:43 | Commentaires (0) | Permalien


La puissance économique de l’Allemagne en fait le principal aimant de l’UE

Photo: dpa

Photo: dpa

Quelle ironie! L’Allemagne est devenue le pays le plus attractif pour les migrants venant d’Asie et d’Afrique et ce, parce que son économie est forte et son taux d’emploi élevé.  Quand le « deuxième miracle économique » a débuté avec les réformes sous le chancelier Schröder (le premier miracle économique est celui de l’après-guerre), l’objectif avait été de remettre l’Allemagne sur les rails de la compétitivité. La réunification des deux Allemagnes avait été très onéreuse pour les finances publiques, et les entreprises est-allemandes ont quasiment toutes été démantelées, gonflant le taux de chômage dans la plupart des régions de l’Est. La politique économique menée un peu à la hache par Gerhard Schröder, surtout durant son 2ème mandat, de 2002 à 2005, a eu un impact baissier sur les salaires, et a restauré installé une compétitivité déflationniste : les produits allemands, appréciés dans le monde, pouvaient être produits à des prix raisonnables, l’Euro aidant par ailleurs l’Allemagne à avoir une monnaie moins forte que le serait la Deutsche Mark.

Donc, l’Allemagne a muté de l’ »homme malade» à la locomotive de l’Europe. C’est la raison pour laquelle les migrants souhaitent y aller, ce qui fait que l’Allemagne, la Suède et la Grande-Bretagne sont aujourd’hui les principaux pays cibles des mouvements migratoires. Les pays qui sont réputés être moins dynamiques économiquement (France, Italie, Hongrie, etc.) ne font pas partie des endroits rêvés pour ces migrants, même si la majorité des réfugiés depuis le début de cet été ne sont pas partis de leurs pays pour des raisons économiques.

Ce n’est pas ce que les Allemands avaient prévu. Certes, le premier miracle économique a fait venir les travailleurs des pays d’Europe du Sud (les Gastarbeiter), mais globalement, et comparée à la France et la Grande-Bretagne, anciennes puissances coloniales, l’Allemagne ne se conçoit pas comme un pays d’immigration.  La plupart des Allemands sont conscients que leur démographie vieillissante nécessite une immigration ciblée. Mais ils ne s’attendaient pas aux chiffres que leur annonce le gouvernement : 800.000 réfugiés pour 2015, c’est-à-dire un accroissement de la population allemande de 1% dès cette année !

Actuellement, tout le monde s’efforce à afficher une « culture de l’accueil » (Willkommenskultur) aux personnes qui entrent le territoire allemand, pour la plupart en Bavière par le train en provenance de Budapest. La ville de Munich a donc organisé un accueil efficace et humain. Une majorité d’Allemands est d’accord avec la décision de la chancelière de massivement ouvrir le pays aux Syriens. Il faut cependant rester vigilant. Les attaques contre des foyers d’asile et les manifestations anti-immigrants sont pour l’instant cantonnés à l’Allemagne de l’Est. Mais la politique économique que pratique l’Allemagne depuis 10 ans environ a créé une population sous-payée qui rencontre beaucoup de difficultés dans la vie quotidienne en matière de logement, garde d’enfant, et qui est, plus généralement, une population précaire. Ce précariat est susceptible de rallier les rangs des mécontents, car il aura la sensation de rentrer dans une compétition avec les nouveaux arrivants.

L’élan de solidarité avec les réfugiés en Allemagne et ailleurs fait chaud au cœur. Il faut simplement garder la tête froide et veiller à ce que des investissements massifs et ciblés rendent la cohabitation entre Allemands et « nouveaux citoyens » (Neubürger) harmonieuse dans les années à venir. Ainsi, l’Allemagne pourrait à l’avenir devenir un véritable pays d’immigration.

4 septembre, 2015 à 10:33 | Commentaires (0) | Permalien


Que peut faire la France dans le drame grec-allemand ?

 

 

 

French President Hollande and Greek Prime Minister Tsipras attend a joint statment at the Elysee Palace in Paris François Hollande avait tendu la main au nouveau gouvernement grec en invitant le nouveau premier ministre Alexis Tsipras dès la victoire électorale de ce dernier le 25 Janvier 2015. Cette invitation avait été interprétée, en tout cas par les Grecs, comme une sérieuse tentative de médiation dans ce qui s’annonçait déjà comme un bras de fer grec-allemand.

Mais depuis, une grosse quantité d’eau a coulé sous le pont de la solidarité européenne : la Grèce se trouve dans la position du « un contre tous » à l’Eurogroupe,  ou peut-être « deux contre tous », le gouvernement chypriote (pourtant conservateur) se rangeant plutôt du côté de la Grèce en raison de la profonde imbrication de ces deux économies.

Les demandes grecques d’effacer partiellement l’insoutenable dette de 320 Milliards € (175% du PIB) ont immédiatement été rejetées par l’Allemagne et le patron néerlandais de l’Eurogroupe. Nous sommes donc priés de croire à la possibilité que le pays puisse un jour rembourser cette dette.

Le risque de cet entêtement est connu, mais peut-être pas assez souligné : si la Grèce fait défaut et sort de la zone Euro, ce n’est pas un effacement partiel de la dette que nous verrons, mais un effacement total et immédiat. La France, qui prête environ 50 milliards € en bilatéral devrait trouver des fonds pour combler cette somme dans son budget. Il s’agit d’une somme colossale, qui se rajouterait aux 50 milliards € d’économies que le gouvernement français veut effectuer d’ici 2017 pour rejoindre l’objectif de déficit budgétaire de 3% !

La France n’a pas intérêt à ce que la Grèce fasse défaut. Jusqu’ici, tout va bien, car c’est aussi la position officielle du président Hollande, du premier ministre Valls, et du commissaire européen Moscovici. Mais la France se donne-t-elle les moyens d’assurer le maintien de la Grèce dans la zone Euro ? L’alignement sur les positions allemandes (à quelques petites nuances près) pose question. Est-ce un moyen d’obtenir un délai de grâce supplémentaire pour le déficit français ?

En apparence, les prises de positions françaises ne font pas avancer le dossier grec.  Il est possible que la diplomatie franco-allemande joue son rôle sans que des divergences soient rendues publiques. Il est aussi, hélas, possible, que François Hollande ait décidé que le dossier grec était moins important que les bonnes relations entre la France et l’Allemagne.

C’est la raison pour laquelle je suis de l’avis que les relations franco-allemandes, qui sont une conséquence de la réconciliation après la guerre, devraient s’effacer petit à petit au profit d’une vraie politique européenne. Dans le douloureux dossier grec en tout cas, les initiatives et prises de position de Jean-Claude Juncker, président de la Commission, et de Pierre Moscovici, commissaire aux Affaires économiques et monétaires, ont été plus utiles que les annonces du gouvernement français.

Apparemment, dans les relations franco-allemandes, le rapport de force est en faveur de l’Allemagne, ce qui est regrettable, car des relations non équilibrées sont en général source de conflit. Laissons alors aux professionnels de la politique européenne la charge de mener un vrai rapport de force avec l’Allemagne, qui s’entête à regarder le dossier grec comme une question nationale (« les contribuables allemands paieront pour les Grecs »). L’Europe n’est pas la somme des relations bilatérales, mais la mise en œuvre d’une vraie vision politique au-dessus des considérations nationales.

 

19 mars, 2015 à 11:04 | Commentaires (0) | Permalien


L’Allemagne doit investir massivement dans l’immigration

Photo: Mauritius

Photo: Mauritius

Les appels pour que l’Allemagne engage plus de dépenses publiques pour stimuler la croissance sur notre continent ne cessent pas, et s’amplifient même. Face à une atonie européenne, la plus grande économie du continent conserve des marges de manœuvre importantes, et notamment une industrie vigoureuse, des recettes fiscales en croissance, et par conséquent une situation budgétaire totalement assainie.

L’Allemagne pourrait donc investir davantage dans trois domaines : la transition énergétique avec le développement nécessaire des énergies renouvelables, les infrastructures qui sont vieillissantes, et l’éducation et la formation où des lacunes existent également.

En revanche, personne n’a encore songé à demander à l’Allemagne d’investir massivement dans l’accueil et la formation des immigrés, venant du monde entier. Certes, le pays accueille déjà un nombre important, puisque plus de 20.000 demandeurs d’asile ont obtenu une décision positive en 2013, ce qui fait de l’Allemagne le deuxième pays d’accueil en UE, après la Suède (24.000), et la positionne largement devant la France (10.000).

Mais le défi démographique devant lequel se trouve l’Allemagne est tel qu’une immigration massive devient de plus en plus indispensable. Alors, pour éviter les situations de rejet, telles qu’elles se multiplient sur le territoire (manifestations anti-islamiques, regain de partis populistes type AfD, querelles entre les régions quant à la répartition des immigrés), pourquoi ne pas construire un grand nombre de foyers d’accueil de bonne qualité, proposer des cours d’intégration et de langue allemande à tous, et veiller à l’intégration scolaire des enfants d’immigrés dès leur entrée en territoire ? Accueillir des immigrés dans des bonnes conditions matérielles, avec une maîtrise de la langue allemande, et formés dans des domaines qui sont bénéfiques à l’économie est la seule option pour créer une adhésion de la population allemande.

Cela coûtera des milliards, c’est certain, en tout cas plus qu’actuellement, puisque l’Allemagne n’a consacré en 2013 que 0.48% de son budget annuel aux programmes d’accueil et d’intégration. Cet argent public stimulera néanmoins l’économie du bâtiment et des services, et aura des répercussions qui contribueront à une reprise européenne : plusieurs pays, dont la France, pourront ainsi bénéficier d’un regain de demande dans une Allemagne qui se dépeuple lentement mais sûrement. Car là réside l’autre argument en faveur d’une telle politique : l’afflux d’immigrants est bénéfique pour l’Allemagne. Aujourd’hui le pays le plus peuplé de l’UE (81 millions), l’Allemagne va faire face à une diminution sensible de sa population, et surtout de sa population active, et ce, dès 2030. 50 millions de personnes sont actuellement en âge d’activité, mais elles ne seront plus que 44 millions en 2030. En même temps, il y a aujourd’hui 2.5 millions de personnes en dépendance en raison de leur âge, elles seront 3.5 millions en 2030.

L’immigration reste la seule possibilité pour le pays de garder un taux d’activité correct, et de faire face aux besoins croissants en personnel de soin pour personnes âgées. En effet, depuis 2011, des immigrants européens (d’Europe du Sud notamment) se sont additionnés au flux habituel, portant le chiffre de l’immigration nette à 280.000 personnes l’an environ. Les économistes ont cependant calculé qu’il faudrait porter ce chiffre à 340.000 l’an jusqu’en 2050 pour garder le nombre d’habitants stable (ce chiffre est de 29.000 pour la France). Cela ne suffira pourtant pas à assurer le maintien du taux d’activité (personnes en activité professionnelle/population globale), ce qui laisse prévoir en tout état de cause une contraction du niveau de vie des Allemands à cet horizon, et tout particulièrement celui des personnes âgées.

L’Allemagne doit prendre ses responsabilités et participer activement aux transitions démographiques en cours. Un changement de paradigme pourrait lui donner une perspective d’avenir, et servirait les intérêts de l’Europe.

Tribune publiée dans Libération le 26 Décembre 2014

 

26 décembre, 2014 à 9:58 | Commentaires (0) | Permalien


Il y a 25 ans, le mur de Berlin tombait…

 

 

1989_mauerfall-data … et changeait la face du monde.  En Septembre 1989, environ 4000 Est-allemands  avaient profité de leurs vacances en Tchécoslovaquie pour pénétrer dans l’Ambassade de la RFA à Prague et ont ainsi pu rejoindre l’Ouest. Le rideau de fer commençait à se fissurer. En Octobre,  le rythme et le succès des manifestations  à Leipzig et ailleurs, s’accéléraient, avec le mot d’ordre scandé « Nous sommes le peuple ». Les manifestants avaient en tête l’écrasement des manifestations de Tien-An-Men quelques mois plus tôt. Le régime est-allemand choisît de ne pas intervenir.

Puis, arriva le fameux soir du 9 Novembre. Dans les journées qui précédaient, le gouvernement de la RDA, mais surtout le Comité central du parti unique (SED) avaient déjà décidé de faciliter les voyages à l’Ouest pour les ressortissants est-allemands. Il fallait une certaine naïveté (ou un certain désespoir) pour penser que les Est-Allemands allaient accepter de vivre comme avant, avec un niveau de vie d’à peu près la moitié de celui de la RFA – pour les aspects chiffrables de la consommation – et qu’ils allaient se contenter de quelques voyages.

La conférence de presse du 9 Novembre pour annoncer ces mesures reste dans toutes les mémoires. Le patron du parti à Berlin-Est, Günter Schabowski, répond à la question d’un journaliste qui demande quand exactement les Est-Allemands pourront sortir du pays : « A ma connaissance… c’est maintenant, tout de suite là ! », ce en quoi il se trompe puisque c’est prévu pour le lendemain seulement. La suite est connue : des Berlinois de l’Est en transe traversant les postes frontaliers, un accueil enthousiaste à l’Ouest, le mur escaladé et « attaqué » avec des pics…

Le rideau de fer est donc définitivement tombé ce soir-là à Berlin, il aurait tout aussi bien pu tomber ailleurs, à Gdansk, Budapest ou Prague… C’est peu de dire que le monde contemporain a été profondément marqué par ces évènements. Il y a quelques moments dans la vie humaine où l’histoire marque une césure.

Les crises d’aujourd’hui sont ainsi une suite directe de ces évènements : la fin du communisme a donné une crédibilité et une force incroyable au capitalisme à domination américaine, auquel même la Chine s’est totalement convertie. Quand le mur est tombé, la libéralisation des marchés financiers avait déjà commencé, mais elle a pu mieux se déployer, et ainsi convaincre jusqu’au dernier sceptique que libéralisation égalait prospérité pour tous.

Et aujourd’hui ? Une remise en question violente est en cours. Elle est d’une part économique : crises financières, instabilité des marchés, croissance des inégalités, etc. Elle est aussi politique car l’islamisme radical est né comme une réaction à l’omniprésent modèle capitaliste américain – il suffit de penser au 11 Septembre.

Quand on célèbre les 25 ans de la chute du mur de Berlin, on doit aussi intégrer cet aspect : la liberté pour les peuples et l’unité de l’Europe ont enclenché des évolutions perverses et extrémistes que nous n’arrivons aujourd’hui pas à maîtriser. Les évènements qui ont suivi le Printemps arabe dans les pays du Proche et Moyen-Orient ont aussi eu leur dynamique, pas toujours heureuse. Une raison de plus pour ne pas peindre le monde en noir et blanc, et pour respecter les nuances.

13 octobre, 2014 à 15:56 | Commentaires (1) | Permalien


Martin Schulz est capable de renverser la table

Martin-schulzLa question m’est fréquemment posée en France : pourquoi un Allemand candidat de la gauche pour la Commission Européenne ? Les Allemands et leur politique économique d’austérité, est-ce vraiment le meilleur symbole pour un nouvel espoir en Europe ?

Le questionnement est très compréhensible. La politique économique impulsée ces dernières années par le couple infernal Angela Merkel / Wolfgang Schäuble ne donne pas envie. Le contexte récessioniste et  la perte de compétitivité des entreprises d’Europe du Sud ne sont peut-être pas de la faute de l’Allemagne, mais celle-ci impose une politique économique fondée uniquement sur la  vertu de la réduction des dépenses, nécessaire mas pas suffisante pour relancer le continent, et ce, couplé à une doctrine d’inflation très faible et de monnaie très forte, qui pénalisera toujours les économies d’Europe du Sud.

Un social-démocrate allemand, n’est-il pas culturellement très proche de cette doctrine, d’autant plus que le SPD est actuellement en grande coalition avec le parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel ?

D’abord, le personnage lui-même arrive à dissiper rapidement cette crainte. Européen dans l’âme, il voit beaucoup mieux que les ministres du gouvernement allemand (sociaux-démocrates compris !) les ravages de cette politique unilatérale. Il visite souvent l’Europe du Sud, et il y est considéré comme un homme qui comprend les souffrances et les demandes de cette partie du continent. Quand Martin Schulz vient en Grèce, par exemple, les Grecs le voient comme quelqu’un qui comprend et soutient leur point de vue. Ce n’est évidemment pas le cas d’Angela Merkel, ou même de membres sociaux-démocrates du gouvernement allemand ; je pense à la visite du ministre des Affaires Etrangères Frank-Walter Steinmeier qui a été à cet égard une déception en Grèce.

Puis, il y a une autre raison : pour s’opposer de façon crédible à la politique européenne menée par les conservateurs européens et le gouvernement allemand, un Allemand est plutôt bien placé. Prendre des positions fortes contre le supposé intérêt de son propre pays crédibilise l’action d’un responsable politique européen. Martin Schulz ne cherche visiblement pas à plaire à l’opinion publique allemande (ou finlandaise, ou autrichienne, ou néerlandaise…), qui est contre tout ce qui peut ressembler à la solidarité européenne.

C’est en cherchant à imposer le véritable intérêt européen et non celui d’un pays, fût-il le plus riche, que Martin Schulz pourra renverser la table.

2 avril, 2014 à 9:49 | Commentaires (1) | Permalien


2014 : pourquoi la commémoration de la Grande Guerre est d’une grande actualité

Erster_Weltkrieg_Schlacht_von_Verdun_Frankreich_Kreuze Actuelle, la Grande Guerre ? A l’heure où apparaissent des divisions en Europe, on peut déjà commencer par constater que les perceptions commémoratives sont différentes selon le point de vue français ou allemand.

Le cataclysme que fût cette guerre moderne avec ses innombrables victimes, avec la chute des monarchies, le découpage territorial, mais aussi la Révolution russe et son ambition de révolution mondiale, le génocide arménien, et in fine la montée du nazisme avec la Shoah, et qui débouche sur la Deuxième Guerre Mondiale, a fait dire à Charles De Gaulle en 1941 qu’il s’agit en fait d’une seconde Guerre de Trente Ans (1914-45) qui déchire le monde et qui introduit une nouvelle organisation planétaire.

Cependant, pour la France, la Grande Guerre est une catastrophe bien plus présente dans les esprits que pour l’Allemagne. Pour les Allemands, le nazisme, la Shoah et l’impérialisme destructeur d’Hitler ont effacé tout le reste. Allemagne, année zéro, c’est en 1945.

Cela se reflète dans les différentes façons d’approcher le centenaire du début de cette guerre : en France, on commémorera les nombreux morts (environ 1.5 millions de soldats) avec des cérémonies et des expositions un peu partout dans le pays : http://centenaire.org rassemble tout ce qu’il faut savoir à ce sujet. D’une certaine façon, les choses sont très claires. Et quand elles le sont, on commémore sereinement.

Même si des commémorations se préparent en Allemagne (http://www.100-jahre-erster-weltkrieg.eu), ce ne sera pas tout à fait la même chose. Le pays a été aussi meurtri par le nombre de ses soldats morts (env. 2 millions), mais ce qui intéresse l’opinion publique depuis le début de l’année tourne plutôt autour des dernières théories quant à la responsabilité de guerre. Car il faut savoir qu’en Allemagne, on considère encore aujourd’hui que le nazisme a pu tomber sur un terreau aussi fertile en 1933 parce que l’Allemagne avait été humiliée : militairement parce qu’elle avait perdu la guerre, économiquement en raison des réparations dans le cadre du Traité de Versailles, et politiquement en voyant son territoire réduit et sa culpabilité clairement établie. La question reste donc d’une certaine acuité : la Première guerre mondiale a-t-elle engendré directement la Seconde guerre mondiale ? Ou, encore pire : l’Allemagne a-t-elle en voulant deux fois conquérir le monde, détruit la civilisation européenne et ainsi sonné son déclin définitif ?

En tout cas, jusqu’en 1961, l’historiographie allemande considérait qu’il n’y avait guère de responsabilité allemande, et qu’on avait glissé sans le vouloir dans un conflit qui a fini par devenir mondial. Puis, le livre de l’Allemand Fritz Fischer (Les Buts de Guerre le l’Allemagne impériale) conteste cette version en démontrant l’impérialisme agressif de l’Allemagne wilhelminienne. Le mot-clé : « Alleinschuld », c’est-à-dire responsabilité exclusive. C’est la thèse qui fait autorité depuis chez les historiens allemands.

Mais juste à temps pour la commémoration de 2014, un nouveau livre essaie de démontrer non pas le contraire, mais une responsabilité davantage partagée entre les Etats:  Les Somnambules – Eté 1914: Comment l’Europe a marché vers la Guerre, du Anglo-Australien Christopher Clark. Comme c’était prévisible, la discussion est vive en Allemagne autour de ces nouvelles thèses, mais on peut déjà dire qu’elles rencontrent un grand succès car qui n’aime pas entendre qu’il n’est pas le seul coupable ? Plusieurs journalistes ont repris le thème avec ardeur, sur le thème : Il y a un besoin de croire en une responsabilité partagée à un moment où l’Allemagne joue un rôle de plus en plus dominant en Europe. Certains, dont l’ancien ministre vert des Affaires étrangères Joschka Fischer, n’hésitent pas de dire que l’Allemagne risque la destruction de l’Europe pour une troisième fois avec sa politique économique hégémonique actuelle. C’est une accusation lourde, mais elle est probablement partagée par beaucoup de gens en Europe du Sud.

Espérons que ces commémorations aideront à voir les choses avec la plus grande objectivité possible. Car même cent ans après, les conflits peuvent encore faire débat.

 

27 janvier, 2014 à 16:00 | Commentaires (0) | Permalien


La grande coalition – seule issue à la crise ou dernier sursaut des partis pro-européens ?

La grande coalition – seule issue à la crise ou dernier sursaut des partis pro-européens ? europe-crisis-300x165Les Allemands s’apprêtent à mettre en place une grande coalition entre CDU/CSU et SPD – entre droite et gauche en somme. Les Autrichiens devraient reconduire la leur ce mois-ci, eux sont champions européens de la grande coalition, puisque c’est la forme de gouvernement la plus fréquente depuis la Seconde guerre mondiale. L’Italie connaît, elle, une coalition entre un parti social-démocrate (PD) et son premier ministre Enrico Letta et les partis de Berlusconi (droite) et Monti (centre). En Grèce, la grande coalition a été installée en 2011, deux ans après l’éclatement de la crise, et a depuis gardé deux éléments stables, la Nouvelle Démocratie (droite) et le PASOK (gauche). Il y a encore d’autres pays en Europe : en Irlande, l’expérience fonctionne également depuis 2011, avec un premier ministre du parti Fine Gael (droite) coalisant avec le Irish Labour Party.  La République Tchèque pourrait également voir un tel scénario se profiler, après une victoire un peu trop courte du social-démocrate Bohuslav Sobotka.

La politique par consensus semble progresser, et il ne reste que quelques forteresses qui ne verront probablement jamais ce scénario, en raison d’un système électoral très fortement majoritaire, comme la France. A moins de considérer qu’un jour, le scénario d’une alliance PS-UMP pourrait se faire pour contrer un FN grandissant (les prémisses pour cela étaient en 2002 la consigne de Lionel Jospin de voter pour Jacques Chirac pour éviter un président Le Pen).

Quand on regarde les cas de figure cités ci-dessus, on constate en tout cas deux choses : D’abord, les grandes coalitions deviennent plus fréquentes avec la crise. En Irlande, en Italie et en Grèce, des gouvernements larges ont été formés pour « faire le sale boulot » : réduction drastique des déficits, réduction du secteur public, augmentation des taxes et impôts. Un parti seul ne supporterait pas une telle accumulation de mauvaises nouvelles, et serait rapidement accusé d’être sous le joug des créanciers (un peu comme le PASOK sous Georges Papandreou qui a durablement pâti de cette image).

Autre remarque qu’on peut faire : une fois les grandes coalitions installées, les partis anti-système, et, de plus en plus, anti-européens, gagnent en audibilité. Les exemples pullulent : d’abord en Autriche, où la grande coalition a clairement favorisé le populisme anti-européen qui est désormais la raison d’être de trois partis politiques (dont deux présents au parlement). En Grèce, le succès de l’Aube Dorée, parti ouvertement néo-nazi, s’explique certainement aussi par le sentiment anti-système qui se développe de plus en plus. Mais d’autres partis, plus démocrates, profitent également du  mécontentement avec les grands : le premier parti d’opposition, le SYRIZA, est d’abord un parti anticapitaliste et au minimum eurosceptique.

Même en Allemagne – dont l’économie reste la plus solide de l’Europe – un parti europhobe, l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) est aux portes du parlement. Il puise son succès dans le fait que les deux grands partis, CDU et SPD, ont voté tous les plans de sauvetage aux pays européens en difficulté, ce qui est vu par certains comme une grande coalition de fait.

L’évolution est là : les partis démocrates et pro-européens sont obligés de faire alliance pour contrer le danger de l’europhobie. Le problème est que ces alliances favorisent encore plus les formations anti-système, et le sentiment d’un écart grandissant entre l’élite et le peuple.

8 novembre, 2013 à 11:23 | Commentaires (1) | Permalien


L’arrogance de la droite allemande

L’arrogance de la droite allemande arrogant1La droite allemande vient d’obtenir une majorité électorale dans les élections législatives : 41.5% pour la CDU, 4.8% pour le FDP, 4.7% pour l’AfD, ce qui fait un total de 51%. Peu importe si les deux derniers partis ne seront pas représentés au Bundestag, en raison du seuil de 5% qu’ils n’ont pas dépassé. Une (faible) majorité des électeurs considère que le modèle allemand, tel qu’il est fréquemment débattu en France, devrait être adopté par le reste de l’Europe : modération salariale, restrictions budgétaires, forte culture industrielle, cogestion dans les entreprises. Même s’il faut distinguer chez les électeurs de droite : ceux de la CDU et du FDP considèrent que l’Allemagne doit continuer ainsi, tandis que ceux de l’AfD pensent que l’Allemagne doit s’isoler davantage. Mais ce qui est commun à tous, ce qu’ils pensent que le reste de l’Europe devrait copier leur modèle. L’Allemagne va bien, le chômage est maîtrisé, les exportations se portent extrêmement bien, et le pays a même une bonne réputation dans la plupart des sondages internationaux.

Cette autosatisfaction est fatale !

La réélection d’Angela Merkel s’est fait en effet à un score impressionnant (même si, privée de majorité absolue, elle est actuellement à la recherche d’un partenaire de coalition qui viendra forcément de la gauche). La droite allemande est plus forte que jamais, et distille sa bonne parole partout en Europe, y compris en France. Il faut co-pi-er l’Allemagne, voilà le nouveau crédo européen. Commençons tout de suite : En France, il faut dire aux chômeurs : « Les allocations, c’est pour un an, après ce sera le RSA ». Aux futurs retraités : « Nous augmenterons l’âge de départ à 67 ans d’ici 15 ans. D’ailleurs, si vous tombez dans le RSA à 55 ans, vous avez le droit d’effectuer des petits travaux payés 1 Euro l’heure ». Aux salariés : « Le patron vous paie ce qu’il veut, il n’y pas de salaire plancher ». Aux familles avec petits enfants : « L’Etat ne peut pas assurer la garde d’enfants, adressez-vous aux églises et au privé ». Aux autres familles : «  L’Etat scolarise vos enfants le matin, mais ne vous donne pas de solution pour les après-midis, ni pour les vacances scolaires. »

Et pourquoi les Allemands pensent-ils que tout le monde doit s’inspirer de ce modèle ? Parce qu’ils craignent devoir payer pour ceux qui n’ont pas su gérer leur économie avec rigueur. Les Grecs partent trop tôt à la retraite, les Français sont trop généreux avec leurs familles, les Espagnols pas assez rigoureux avec leurs banques. L’Allemagne, elle, génère un excédent budgétaire et se dresse tout d’un coup, non comme l’élève donné en exemple, mais comme le maître qui donne les instructions. Les Grecs doivent donc commencer à construire des usines de machine-outil, les Espagnols expulser fissa tous les propriétaires mauvais payeurs, la France revoir sa présence militaire dans le monde qui coûte trop cher au budget de l’Etat ? Tous allemands ?

Cette arrogance est insupportable, et gagne malheureusement du terrain, pas seulement sur le plan électoral. Une domination allemande économique et politique (via les institutions européennes) est loin de ce qu’avaient imaginé les pères fondateurs de notre continent. Il ne faut pas avoir peur d’affronter cette pensée hégémonique. L’Allemagne engrange beaucoup de bons points sur le plan du dynamisme commercial et sur le plan des finances publiques. Elle reste un pays vieillissant, qui sera confronté très rapidement à plusieurs écueils : trop de retraités, trop de personnes dépendantes, pas assez de salariés, et une nécessité de gérer une immigration très conséquente en raison des insuffisances démographiques.

La phrase « Soudainement l’Europe parle allemand » prononcée en 2011 par le président du groupe parlementaire de la CDU Volker Kauder (réélu cette semaine à ce poste) démontre que la droite allemande n’a pas de problème particulier avec une Europe dominée par l’Allemagne. C’est le travail des gouvernements européens, socialistes ou pas, de rester fermes face à cette dérive presque idéologique que personne en Europe ne peut souhaiter.

27 septembre, 2013 à 14:39 | Commentaires (0) | Permalien


L’echec des élites

C’est le titre d’un article paru cet été dans le Spiegel, écrit par le philosophe Jürgen Habermas, qui s’est déjà dans le passé intéressé au rôle que l’Allemagne devrait tenir en Europe. Il y reproche au gouvernement allemand de prendre ses électeurs pour des enfants auxquels on ne peut dire la vérité. Par ailleurs, l’Allemagne fait, en bonne démocratie occidentale, semblant de n’être qu’un parmi 28 Etats européens, alors que la politique économique du continent est déterminée par le couple infernal Angela Merkel – Wolfgang Schäuble. Autrement dit, toutes les politiques menées actuellement dans les pays d’Europe du Sud se basent sur ce que souhaite l’Allemagne, alors que celle-ci prétend que c’est la nécessité qui dicte sa loi. Non, la loi en Europe est bien allemande, mais chut! ne dites surtout rien.

L’avenir de l’Europe sera soit son délitement soit son renforcement. On ne pourra continuer d’avancer avec des pas microscopiques tout en ménageant tous les électeurs : les riches, les pauvres, les épargnants, les entrepreneurs, les fonctionnaires, etc. Or, c’est ce que fait la chancelière MerkL’echec des élites 1366536134_20090101-130420-99-01927_2515491_1_dpa_pxgen_r_630xa2-300x224el en ne disant la vérité sur les redistributions à venir. Selon Habermas, tout ce qu’elle entreprend est teinté de l’opportunisme du maintien au pouvoir. « L’Europe est en détresse, et c’est celui qui décide de l’accès au public de certains thèmes qui a le pouvoir politique. L’Allemagne ne danse pas, elle dorlote sur un volcan. » Habermas finit par dire que chaque pays a les élites politiques qu’il mérite.

Ce dernier point est vrai mais un peu dur à admettre. Ainsi, Merkel est la bonne dirigeante puisqu’elle dit ce que les Allemands veulent entendre ? Ou alors pense-t-elle vraiment pouvoir continuer cette stratégie de non-élucidation après les élections ?

Je rajouterais à cette analyse une petite blague, racontée par un ex-ministre travailliste anglais, Denis MacShane. A un petit garçon qui demande à son père de l’amener aux toilettes, celui-ci répond : Après les élections allemandes !

Tout le monde aura compris que nous avons vécu une stagnation totale dans la résolution de la crise européenne, dû au souhait de la chancelière de se faire réélire. Le pire est que cela pourrait bien marcher pour elle. Ce serait donc moins un échec des élites qu’un échec démocratique.

 

29 août, 2013 à 8:43 | Commentaires (0) | Permalien


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