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De l’euroscepticisme allemand

Les responsables politiques allemands disent sans exception ne pas être eurosceptiques : oui, ils sont pour l’Europe, mais non, ils sont contre l’exploitation d’un membre de l’Union par l’autre. La dernière devise de ces pseudo-européens ? Jetez la Grèce dehors. Et s’il le faut, on ne s’arrêtera pas là : d’autres seront bientôt sur la liste. Bien sûr, pour l’instant, on ne le dit pas. Tout comme on ne dit pas qu’en Allemagne on pense que la France montre des fragilités inquiétantes : des déficits publics importants, des banques solides sur le papier mais, pour des raisons mystérieuses, tout de même dans l’œil du cyclone, et, surtout, une société prête à aller dans la rue pour défendre ses acquis sociaux. Au mois d’Août, l’économiste en chef de la Deutsche Bank avait ouvertement critiqué l’absence de réformes structurelles en France, ce qu’Angela Merkel n’oserait pas faire publiquement, mais ce que tout le monde pense très fort en Allemagne.

L’euroscepticisme prend donc ces jours-ci une nouvelle forme : restons entre nous ! Nous, ce sont les pays qui ont une dette publique maîtrisée ? Non, car l’Espagne par exemple pourrait dans ce cas entrer dans le groupe vertueux, avec ses 60% du PIB de dette publique (pour mémoire : c’est 83% pour l’Allemagne). La définition du groupe des vertueux est actuellement plutôt le montant du « spread » que ces pays doivent payer pour s’endetter sur les marchés financiers : c’est donc ces derniers qui décident de la vertu d’un pays.

La folie de cette évolution n’est clairement identifiée que par peu de gens. La majorité des responsables politiques au pouvoir en Allemagne raisonne dans un court-termisme effrayant. Ainsi, jeter dehors la Grèce doit ne plus être un « tabou de la pensée » clame le ministre de l’Economie et vice-chancelier. Jamais ce responsable dirait-il qu’il est eurosceptique. Pourtant, il est bien plus que sceptique : il prône le démantèlement de la zone Euro et du projet européen. Il n’y a aucune raison valable pour laquelle les marchés ne s’attaqueraient pas à d’autres membres de la zone Euro après une sortie de la Grèce.

La vérité n’est pas très agréable à entendre, et c’est pour cela qu’elle est rarement dite : les pénibles mesures de sauvetage doivent continuer. Une restructuration des dettes souveraines (il n’y aura pas que la dette grecque) est une de ces mesures, et certains acteurs économiques en pâtiront ; mais ne serait-il pas plus sain que certaines banques, compagnies d’assurance ou autres intervenants sur les marchés financiers soient rabotés à une taille plus modeste pour qu’ils retrouvent une fonction plus utile dans la vie économique ?

Les responsables politiques allemands qui prônent aussi ouvertement la destruction de la zone Euro sont encore minoritaires. Ils donnent cependant le ton, et les autres sont dans l’obligation de justifier leurs actes et décisions par rapport à ces revendications incendiaires. Prendre les décisions qui s’imposent est certes un acte de courage dans cet océan de populisme, mais c’est désormais une exigence absolue d’être courageux quand on est au pouvoir.

13 septembre, 2011 à 9:46


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