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La germanisation de l’Europe progresse

La mine défaite de Nicolas Sarkozy depuis quelques jours traduit bien un sentiment d’échec de la position française dans les dernières négociations, avec la conclusion générale dans le monde que la position allemande dans le sauvetage de la zone Euro a été prédominante. Après avoir reculé à plusieurs reprises face à son agile homologue français depuis deux ans, Angela Merkel semble avoir pris le taureau par les cornes et imposé sa volonté: l’Europe sera allemande ou ne sera pas du tout.

La culture de stabilité était l’apanage de quelques pays seulement, essentiellement du Nord de l’Europe? Ce sera désormais la doctrine de l’Europe entière: une monnaie forte, une inflation inexistante, des comptes publics équilibrés, une économie compétitive et tournée vers l’exportation.

A côté de ces objectifs, tous directement issus du monétarisme économique, il y a la “spécificité” allemande: l’économie de marché sociale, avec son Etat protecteur et ses prestations sociales conséquentes. Rajoutons à cela la décentralisation et le consensus syndical, et nous tenons en mains le modèle économique allemand (ou rhénan, car la capitale choisie par les pères de cette doctrine, Konrad Adenauer et Ludwig Erhard était la ville rhénane de Bonn).

C’est le modèle adoubé par toute la classe politique allemande. C’est le modèle qu’Angela Merkel souhaite voir s’imposer dans la zone Euro. Est-ce réaliste ou seulement souhaitable?

La réponse est que ce serait souhaitable si c’était réaliste. Si tous les pays de la zone Euro avaient une industrie puissante, des PMEs créatrices d’emplois, des brevets et un niveau de qualité reconnus mondialement, un climat social favorable en raison de l’absence de dissensions syndicales, l’Europe pourrait en effet tenter de marcher dans la même direction. Mais voilà : l’histoire syndicale, les orientations industrielles, le nombre de brevets déclarés annuellement, la puissance exportatrice, tous ces facteurs diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre. Ajoutons un point que personne n’a jusqu’à là évoqué : plus un pays est grand (en population, c’est-à-dire en marché intérieur, en puissance financière, en nombre d’entreprises qui peuvent s’épauler les unes les autres sur les marchés étrangers), plus il a le potentiel de réussir dans un monde globalisé. Il est donc écrit d’avance que l’Allemagne sera supérieure en puissance de feu économique qu’un pays comme la Grèce.

Les erreurs commises par les Grecs, et dans une moindre mesure, par les Italiens, les Portugais, les Espagnols et le Irlandais, sont incontestables (et différentes pour chaque cas). Dans le cas de la Grèce, des siècles de désobéissance fiscale, ainsi que l’absence de structures administratives fiables, sont aujourd’hui pointés, avec raison, par tous, et en premier lieu par les Grecs eux-mêmes. Cela doit changer, et la Task Force européenne ainsi que la nouvelle équipe de la « Troïka » comprenant une centaine d’auditeurs laissent espérer un changement. L’Allemagne a joué un rôle favorable dans l’établissement de cette « veille », et la gouvernance de l’Europe en sortira renforcée.

En revanche, les Allemands se sont rapidement approprié le rôle de donneurs de leçons, ce en quoi ils excellent. La nouvelle confiance acquise par la réunification en 1990, et tant redoutée par François Mitterrand, joue à plein. Le pays a surmonté toutes les difficultés du 20ème siècle, parfois avec l’aide de l’extérieur, et s’étonne que d’autres nations se trouvent à des stades de développement différents.

La seule réponse valable à ce déséquilibre est une gouvernance européenne renforcée : la notion de solidarité a, durant cette crise, gagné en terrain, même si une bonne partie des Européens (partis populistes en tête, mais pas seulement) s’y opposent. Il faudra convaincre que c’est la seule voie, les autres voies menant à une dislocation de l’Europe.

31 octobre, 2011 à 13:34


Un commentaire pour “La germanisation de l’Europe progresse”


  1. FLEUR écrit:

    Bonsoir,
    Votre article me scotche sur place car que la germanisation progresse en Europe aucune surprise -
    Gros bémol les allemands ne sont pas à la veille d’obtenir une Europe à l’allemande car ils se posent trop facilement en donneurs de leçons et les français demeurent les français avec toutes leurs spécificités, et leurs façons de réagir très différentes du modèle allemand
    Personnellement après la réunification je me doutais que l’Allemagne se positionnerait en tête des nations désirant diriger l’Europe…existante mais dans ce cas les relations franco-allemandes seront aussi chaotiques que durant le 20ème siècle.Bon je continue mon apprentissage de la langue de Goethe.


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