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Les véritables causes de la peur inflationniste des Allemands
Un des désaccords éternels entre la France et l’Allemagne concerne le rôle de la Banque Centrale Européenne et le risque d’inflation qu’une politique monétaire plus expansionniste pourrait créer. Les Allemands ont peur, dit-on et entend-t-on partout, de l’hyperinflation comme celle qui a secoué le pays au début des années 20. Cette situation, impossible à vivre (un Dollar US valait en Novembre 1923 4,2 milliards de Mark !), aurait profondément traumatisé le peuple allemand, au point que le nazisme ait pu s’installer confortablement par la suite.
Il est temps, il me semble, de moderniser un petit peu la lecture de la peur inflationniste allemande.
Les Allemands ressemblent aux autres Européens par un taux d’épargne relativement élevé (11% pour l’Allemagne, 12% pour la France par exemple, à comparer aux 6% en Grande-Bretagne et aux USA). Il faut cependant regarder de plus près : ce taux d’épargne net ne comporte pas l’investissement immobilier. Or, en matière d’acquisition immobilière, les Allemands sont à la traine par rapport à leurs voisins : 45% de propriétaires de résidence principale, contre 60% en France, 70% en Italie et 80% en Grèce par exemple. Il est vrai que ce grand écart semble être un phénomène Nord-Sud.
Qui dit possession immobilière dit une certaine indépendance par rapport à l’évolution des prix. En effet, quand on possède sa maison (plus, pour les plus fortunés, un appartement qu’on loue, par exemple), on est moins concerné par l’inflation. Ce fait est encore renforcé par le levier de l’endettement : quand on s’endette pour acheter sa maison (ou son investissement locatif), on n’est pas spécialement allergique à l’inflation, bien au contraire, puisque l’inflation réduit la dette : je m’endette en 2000 pour 100.000€, en 2010, les 50.000€ que je dois encore à la banque valent nettement moins. Les gens qui s’endettent sont également favorables à des taux d’intérêt bas, alors que ceux qui épargnent en plaçant leur argent souhaitent des taux d’intérêt élevés (c’est donc le cas des Allemands).
La question qui s’impose est dès lors : pourquoi les Allemands n’investissent pas dans leur résidence principale ?
Ici, c’est mon observation personnelle qui peut servir car ce genre de question est rarement posé dans des analyses économiques. En fait, les 30-40 ans (âge auquel on accède habituellement à une première résidence principale) souffrent de la forte décentralisation du pays dans la mesure où ils doivent assez souvent être mobiles géographiquement. Je m’explique. Il est rare qu’un couple puisse dire à 35 ans : ça y est, nous nous sentons bien à Hambourg, on s’achète une maison et on ne bouge plus. Plus on gagne de l’argent, plus on est susceptible de devoir bouger, car les entreprises et les administrations sont disséminées sur tout le pays. En plus, un couple a rarement la chance de travailler dans la même ville. Le résultat est une plus grande instabilité sur tous les plans, y compris dans l’achat d’une maison. Quant aux classes populaires, l’achat d’une maison ne paraît pas comme une priorité, d’autant plus que la déflation salariale des 10 dernières années a eu comme conséquence d’augmenter d’autres contraintes dans le budget familial.
Pour résumer : oui, les Allemands détestent l’inflation, mais pas pour les raisons qu’on croit. Leur niveau de salaire étant globalement plus élevé que la moyenne européenne, ils ont une bonne capacité d’épargne qu’ils n’investissent cependant que rarement dans l’immobilier. L’inflation est donc susceptible de ronger leurs économies, qu’ils ont de surcroit davantage investi dans des actifs à taux fixe (livret, obligations) depuis le début de la crise, au détriment des actions qui, elles, bénéficieraient de taux d’intérêt bas.
Nous avons donc trouvé la véritable raison pour laquelle les Allemands n’ont pas intérêt à mener une politique plus inflationniste et privilégient une politique des taux relativement élevés. Comme quoi une idée fausse ne devient pas plus vraie si on la répète inlassablement !
