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L’arrogance de la droite allemande

L’arrogance de la droite allemande arrogant1La droite allemande vient d’obtenir une majorité électorale dans les élections législatives : 41.5% pour la CDU, 4.8% pour le FDP, 4.7% pour l’AfD, ce qui fait un total de 51%. Peu importe si les deux derniers partis ne seront pas représentés au Bundestag, en raison du seuil de 5% qu’ils n’ont pas dépassé. Une (faible) majorité des électeurs considère que le modèle allemand, tel qu’il est fréquemment débattu en France, devrait être adopté par le reste de l’Europe : modération salariale, restrictions budgétaires, forte culture industrielle, cogestion dans les entreprises. Même s’il faut distinguer chez les électeurs de droite : ceux de la CDU et du FDP considèrent que l’Allemagne doit continuer ainsi, tandis que ceux de l’AfD pensent que l’Allemagne doit s’isoler davantage. Mais ce qui est commun à tous, ce qu’ils pensent que le reste de l’Europe devrait copier leur modèle. L’Allemagne va bien, le chômage est maîtrisé, les exportations se portent extrêmement bien, et le pays a même une bonne réputation dans la plupart des sondages internationaux.

Cette autosatisfaction est fatale !

La réélection d’Angela Merkel s’est fait en effet à un score impressionnant (même si, privée de majorité absolue, elle est actuellement à la recherche d’un partenaire de coalition qui viendra forcément de la gauche). La droite allemande est plus forte que jamais, et distille sa bonne parole partout en Europe, y compris en France. Il faut co-pi-er l’Allemagne, voilà le nouveau crédo européen. Commençons tout de suite : En France, il faut dire aux chômeurs : « Les allocations, c’est pour un an, après ce sera le RSA ». Aux futurs retraités : « Nous augmenterons l’âge de départ à 67 ans d’ici 15 ans. D’ailleurs, si vous tombez dans le RSA à 55 ans, vous avez le droit d’effectuer des petits travaux payés 1 Euro l’heure ». Aux salariés : « Le patron vous paie ce qu’il veut, il n’y pas de salaire plancher ». Aux familles avec petits enfants : « L’Etat ne peut pas assurer la garde d’enfants, adressez-vous aux églises et au privé ». Aux autres familles : «  L’Etat scolarise vos enfants le matin, mais ne vous donne pas de solution pour les après-midis, ni pour les vacances scolaires. »

Et pourquoi les Allemands pensent-ils que tout le monde doit s’inspirer de ce modèle ? Parce qu’ils craignent devoir payer pour ceux qui n’ont pas su gérer leur économie avec rigueur. Les Grecs partent trop tôt à la retraite, les Français sont trop généreux avec leurs familles, les Espagnols pas assez rigoureux avec leurs banques. L’Allemagne, elle, génère un excédent budgétaire et se dresse tout d’un coup, non comme l’élève donné en exemple, mais comme le maître qui donne les instructions. Les Grecs doivent donc commencer à construire des usines de machine-outil, les Espagnols expulser fissa tous les propriétaires mauvais payeurs, la France revoir sa présence militaire dans le monde qui coûte trop cher au budget de l’Etat ? Tous allemands ?

Cette arrogance est insupportable, et gagne malheureusement du terrain, pas seulement sur le plan électoral. Une domination allemande économique et politique (via les institutions européennes) est loin de ce qu’avaient imaginé les pères fondateurs de notre continent. Il ne faut pas avoir peur d’affronter cette pensée hégémonique. L’Allemagne engrange beaucoup de bons points sur le plan du dynamisme commercial et sur le plan des finances publiques. Elle reste un pays vieillissant, qui sera confronté très rapidement à plusieurs écueils : trop de retraités, trop de personnes dépendantes, pas assez de salariés, et une nécessité de gérer une immigration très conséquente en raison des insuffisances démographiques.

La phrase « Soudainement l’Europe parle allemand » prononcée en 2011 par le président du groupe parlementaire de la CDU Volker Kauder (réélu cette semaine à ce poste) démontre que la droite allemande n’a pas de problème particulier avec une Europe dominée par l’Allemagne. C’est le travail des gouvernements européens, socialistes ou pas, de rester fermes face à cette dérive presque idéologique que personne en Europe ne peut souhaiter.

27 septembre, 2013 à 14:39


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