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La grande coalition – seule issue à la crise ou dernier sursaut des partis pro-européens ?

La grande coalition – seule issue à la crise ou dernier sursaut des partis pro-européens ? europe-crisis-300x165Les Allemands s’apprêtent à mettre en place une grande coalition entre CDU/CSU et SPD – entre droite et gauche en somme. Les Autrichiens devraient reconduire la leur ce mois-ci, eux sont champions européens de la grande coalition, puisque c’est la forme de gouvernement la plus fréquente depuis la Seconde guerre mondiale. L’Italie connaît, elle, une coalition entre un parti social-démocrate (PD) et son premier ministre Enrico Letta et les partis de Berlusconi (droite) et Monti (centre). En Grèce, la grande coalition a été installée en 2011, deux ans après l’éclatement de la crise, et a depuis gardé deux éléments stables, la Nouvelle Démocratie (droite) et le PASOK (gauche). Il y a encore d’autres pays en Europe : en Irlande, l’expérience fonctionne également depuis 2011, avec un premier ministre du parti Fine Gael (droite) coalisant avec le Irish Labour Party.  La République Tchèque pourrait également voir un tel scénario se profiler, après une victoire un peu trop courte du social-démocrate Bohuslav Sobotka.

La politique par consensus semble progresser, et il ne reste que quelques forteresses qui ne verront probablement jamais ce scénario, en raison d’un système électoral très fortement majoritaire, comme la France. A moins de considérer qu’un jour, le scénario d’une alliance PS-UMP pourrait se faire pour contrer un FN grandissant (les prémisses pour cela étaient en 2002 la consigne de Lionel Jospin de voter pour Jacques Chirac pour éviter un président Le Pen).

Quand on regarde les cas de figure cités ci-dessus, on constate en tout cas deux choses : D’abord, les grandes coalitions deviennent plus fréquentes avec la crise. En Irlande, en Italie et en Grèce, des gouvernements larges ont été formés pour « faire le sale boulot » : réduction drastique des déficits, réduction du secteur public, augmentation des taxes et impôts. Un parti seul ne supporterait pas une telle accumulation de mauvaises nouvelles, et serait rapidement accusé d’être sous le joug des créanciers (un peu comme le PASOK sous Georges Papandreou qui a durablement pâti de cette image).

Autre remarque qu’on peut faire : une fois les grandes coalitions installées, les partis anti-système, et, de plus en plus, anti-européens, gagnent en audibilité. Les exemples pullulent : d’abord en Autriche, où la grande coalition a clairement favorisé le populisme anti-européen qui est désormais la raison d’être de trois partis politiques (dont deux présents au parlement). En Grèce, le succès de l’Aube Dorée, parti ouvertement néo-nazi, s’explique certainement aussi par le sentiment anti-système qui se développe de plus en plus. Mais d’autres partis, plus démocrates, profitent également du  mécontentement avec les grands : le premier parti d’opposition, le SYRIZA, est d’abord un parti anticapitaliste et au minimum eurosceptique.

Même en Allemagne – dont l’économie reste la plus solide de l’Europe – un parti europhobe, l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) est aux portes du parlement. Il puise son succès dans le fait que les deux grands partis, CDU et SPD, ont voté tous les plans de sauvetage aux pays européens en difficulté, ce qui est vu par certains comme une grande coalition de fait.

L’évolution est là : les partis démocrates et pro-européens sont obligés de faire alliance pour contrer le danger de l’europhobie. Le problème est que ces alliances favorisent encore plus les formations anti-système, et le sentiment d’un écart grandissant entre l’élite et le peuple.

8 novembre, 2013 à 11:23


Un commentaire pour “La grande coalition – seule issue à la crise ou dernier sursaut des partis pro-européens ?”


  1. thekittyfanfic écrit:

    Le projet européen semble s’effriter face à aux crises émaillant ces dernières années, et que nombre d’États européens ont du mal à juguler. L’image européenne fait les frais d’une mondialisation sauvage et du manque de coordination des politiques des États membres, chacun cherchant avant tout à « sauver sa peau ». L’union fait parait-il la force, mais le « sauve qui peut » prend le pas en cas de panique générale, réflexe naturel bien compréhensible. D’autant que l’union, pour être effective, doit s’articuler sur des liens solides, lesquels font cruellement défaut.
    Alors doit-on jeter l’éponge devant l’adversité ? C’est aux peuples d’en juger puisqu’ils sont concernés au premier chef. L’Europe ne se fera pas sans eux et encore moins contre eux. Mais c’est aux dirigeants que revient la lourde tâche de prouver que le jeu en vaut la chandelle, par la mise en œuvre d’une croissance et d’un dynamisme renouvelés. Tant que l’Europe ne renouera pas avec la croissance et que les peuples se sentiront hors jeu, le projet européen continuera sans doute (malheureusement) de s’effriter…


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