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2014 : pourquoi la commémoration de la Grande Guerre est d’une grande actualité

Erster_Weltkrieg_Schlacht_von_Verdun_Frankreich_Kreuze Actuelle, la Grande Guerre ? A l’heure où apparaissent des divisions en Europe, on peut déjà commencer par constater que les perceptions commémoratives sont différentes selon le point de vue français ou allemand.

Le cataclysme que fût cette guerre moderne avec ses innombrables victimes, avec la chute des monarchies, le découpage territorial, mais aussi la Révolution russe et son ambition de révolution mondiale, le génocide arménien, et in fine la montée du nazisme avec la Shoah, et qui débouche sur la Deuxième Guerre Mondiale, a fait dire à Charles De Gaulle en 1941 qu’il s’agit en fait d’une seconde Guerre de Trente Ans (1914-45) qui déchire le monde et qui introduit une nouvelle organisation planétaire.

Cependant, pour la France, la Grande Guerre est une catastrophe bien plus présente dans les esprits que pour l’Allemagne. Pour les Allemands, le nazisme, la Shoah et l’impérialisme destructeur d’Hitler ont effacé tout le reste. Allemagne, année zéro, c’est en 1945.

Cela se reflète dans les différentes façons d’approcher le centenaire du début de cette guerre : en France, on commémorera les nombreux morts (environ 1.5 millions de soldats) avec des cérémonies et des expositions un peu partout dans le pays : http://centenaire.org rassemble tout ce qu’il faut savoir à ce sujet. D’une certaine façon, les choses sont très claires. Et quand elles le sont, on commémore sereinement.

Même si des commémorations se préparent en Allemagne (http://www.100-jahre-erster-weltkrieg.eu), ce ne sera pas tout à fait la même chose. Le pays a été aussi meurtri par le nombre de ses soldats morts (env. 2 millions), mais ce qui intéresse l’opinion publique depuis le début de l’année tourne plutôt autour des dernières théories quant à la responsabilité de guerre. Car il faut savoir qu’en Allemagne, on considère encore aujourd’hui que le nazisme a pu tomber sur un terreau aussi fertile en 1933 parce que l’Allemagne avait été humiliée : militairement parce qu’elle avait perdu la guerre, économiquement en raison des réparations dans le cadre du Traité de Versailles, et politiquement en voyant son territoire réduit et sa culpabilité clairement établie. La question reste donc d’une certaine acuité : la Première guerre mondiale a-t-elle engendré directement la Seconde guerre mondiale ? Ou, encore pire : l’Allemagne a-t-elle en voulant deux fois conquérir le monde, détruit la civilisation européenne et ainsi sonné son déclin définitif ?

En tout cas, jusqu’en 1961, l’historiographie allemande considérait qu’il n’y avait guère de responsabilité allemande, et qu’on avait glissé sans le vouloir dans un conflit qui a fini par devenir mondial. Puis, le livre de l’Allemand Fritz Fischer (Les Buts de Guerre le l’Allemagne impériale) conteste cette version en démontrant l’impérialisme agressif de l’Allemagne wilhelminienne. Le mot-clé : « Alleinschuld », c’est-à-dire responsabilité exclusive. C’est la thèse qui fait autorité depuis chez les historiens allemands.

Mais juste à temps pour la commémoration de 2014, un nouveau livre essaie de démontrer non pas le contraire, mais une responsabilité davantage partagée entre les Etats:  Les Somnambules – Eté 1914: Comment l’Europe a marché vers la Guerre, du Anglo-Australien Christopher Clark. Comme c’était prévisible, la discussion est vive en Allemagne autour de ces nouvelles thèses, mais on peut déjà dire qu’elles rencontrent un grand succès car qui n’aime pas entendre qu’il n’est pas le seul coupable ? Plusieurs journalistes ont repris le thème avec ardeur, sur le thème : Il y a un besoin de croire en une responsabilité partagée à un moment où l’Allemagne joue un rôle de plus en plus dominant en Europe. Certains, dont l’ancien ministre vert des Affaires étrangères Joschka Fischer, n’hésitent pas de dire que l’Allemagne risque la destruction de l’Europe pour une troisième fois avec sa politique économique hégémonique actuelle. C’est une accusation lourde, mais elle est probablement partagée par beaucoup de gens en Europe du Sud.

Espérons que ces commémorations aideront à voir les choses avec la plus grande objectivité possible. Car même cent ans après, les conflits peuvent encore faire débat.

 

27 janvier, 2014 à 16:00


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