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L’Allemagne doit investir massivement dans l’immigration

Photo: Mauritius

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Les appels pour que l’Allemagne engage plus de dépenses publiques pour stimuler la croissance sur notre continent ne cessent pas, et s’amplifient même. Face à une atonie européenne, la plus grande économie du continent conserve des marges de manœuvre importantes, et notamment une industrie vigoureuse, des recettes fiscales en croissance, et par conséquent une situation budgétaire totalement assainie.

L’Allemagne pourrait donc investir davantage dans trois domaines : la transition énergétique avec le développement nécessaire des énergies renouvelables, les infrastructures qui sont vieillissantes, et l’éducation et la formation où des lacunes existent également.

En revanche, personne n’a encore songé à demander à l’Allemagne d’investir massivement dans l’accueil et la formation des immigrés, venant du monde entier. Certes, le pays accueille déjà un nombre important, puisque plus de 20.000 demandeurs d’asile ont obtenu une décision positive en 2013, ce qui fait de l’Allemagne le deuxième pays d’accueil en UE, après la Suède (24.000), et la positionne largement devant la France (10.000).

Mais le défi démographique devant lequel se trouve l’Allemagne est tel qu’une immigration massive devient de plus en plus indispensable. Alors, pour éviter les situations de rejet, telles qu’elles se multiplient sur le territoire (manifestations anti-islamiques, regain de partis populistes type AfD, querelles entre les régions quant à la répartition des immigrés), pourquoi ne pas construire un grand nombre de foyers d’accueil de bonne qualité, proposer des cours d’intégration et de langue allemande à tous, et veiller à l’intégration scolaire des enfants d’immigrés dès leur entrée en territoire ? Accueillir des immigrés dans des bonnes conditions matérielles, avec une maîtrise de la langue allemande, et formés dans des domaines qui sont bénéfiques à l’économie est la seule option pour créer une adhésion de la population allemande.

Cela coûtera des milliards, c’est certain, en tout cas plus qu’actuellement, puisque l’Allemagne n’a consacré en 2013 que 0.48% de son budget annuel aux programmes d’accueil et d’intégration. Cet argent public stimulera néanmoins l’économie du bâtiment et des services, et aura des répercussions qui contribueront à une reprise européenne : plusieurs pays, dont la France, pourront ainsi bénéficier d’un regain de demande dans une Allemagne qui se dépeuple lentement mais sûrement. Car là réside l’autre argument en faveur d’une telle politique : l’afflux d’immigrants est bénéfique pour l’Allemagne. Aujourd’hui le pays le plus peuplé de l’UE (81 millions), l’Allemagne va faire face à une diminution sensible de sa population, et surtout de sa population active, et ce, dès 2030. 50 millions de personnes sont actuellement en âge d’activité, mais elles ne seront plus que 44 millions en 2030. En même temps, il y a aujourd’hui 2.5 millions de personnes en dépendance en raison de leur âge, elles seront 3.5 millions en 2030.

L’immigration reste la seule possibilité pour le pays de garder un taux d’activité correct, et de faire face aux besoins croissants en personnel de soin pour personnes âgées. En effet, depuis 2011, des immigrants européens (d’Europe du Sud notamment) se sont additionnés au flux habituel, portant le chiffre de l’immigration nette à 280.000 personnes l’an environ. Les économistes ont cependant calculé qu’il faudrait porter ce chiffre à 340.000 l’an jusqu’en 2050 pour garder le nombre d’habitants stable (ce chiffre est de 29.000 pour la France). Cela ne suffira pourtant pas à assurer le maintien du taux d’activité (personnes en activité professionnelle/population globale), ce qui laisse prévoir en tout état de cause une contraction du niveau de vie des Allemands à cet horizon, et tout particulièrement celui des personnes âgées.

L’Allemagne doit prendre ses responsabilités et participer activement aux transitions démographiques en cours. Un changement de paradigme pourrait lui donner une perspective d’avenir, et servirait les intérêts de l’Europe.

Tribune publiée dans Libération le 26 Décembre 2014

 

26 décembre, 2014 à 9:58


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