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Que peut faire la France dans le drame grec-allemand ?

 

 

 

French President Hollande and Greek Prime Minister Tsipras attend a joint statment at the Elysee Palace in Paris François Hollande avait tendu la main au nouveau gouvernement grec en invitant le nouveau premier ministre Alexis Tsipras dès la victoire électorale de ce dernier le 25 Janvier 2015. Cette invitation avait été interprétée, en tout cas par les Grecs, comme une sérieuse tentative de médiation dans ce qui s’annonçait déjà comme un bras de fer grec-allemand.

Mais depuis, une grosse quantité d’eau a coulé sous le pont de la solidarité européenne : la Grèce se trouve dans la position du « un contre tous » à l’Eurogroupe,  ou peut-être « deux contre tous », le gouvernement chypriote (pourtant conservateur) se rangeant plutôt du côté de la Grèce en raison de la profonde imbrication de ces deux économies.

Les demandes grecques d’effacer partiellement l’insoutenable dette de 320 Milliards € (175% du PIB) ont immédiatement été rejetées par l’Allemagne et le patron néerlandais de l’Eurogroupe. Nous sommes donc priés de croire à la possibilité que le pays puisse un jour rembourser cette dette.

Le risque de cet entêtement est connu, mais peut-être pas assez souligné : si la Grèce fait défaut et sort de la zone Euro, ce n’est pas un effacement partiel de la dette que nous verrons, mais un effacement total et immédiat. La France, qui prête environ 50 milliards € en bilatéral devrait trouver des fonds pour combler cette somme dans son budget. Il s’agit d’une somme colossale, qui se rajouterait aux 50 milliards € d’économies que le gouvernement français veut effectuer d’ici 2017 pour rejoindre l’objectif de déficit budgétaire de 3% !

La France n’a pas intérêt à ce que la Grèce fasse défaut. Jusqu’ici, tout va bien, car c’est aussi la position officielle du président Hollande, du premier ministre Valls, et du commissaire européen Moscovici. Mais la France se donne-t-elle les moyens d’assurer le maintien de la Grèce dans la zone Euro ? L’alignement sur les positions allemandes (à quelques petites nuances près) pose question. Est-ce un moyen d’obtenir un délai de grâce supplémentaire pour le déficit français ?

En apparence, les prises de positions françaises ne font pas avancer le dossier grec.  Il est possible que la diplomatie franco-allemande joue son rôle sans que des divergences soient rendues publiques. Il est aussi, hélas, possible, que François Hollande ait décidé que le dossier grec était moins important que les bonnes relations entre la France et l’Allemagne.

C’est la raison pour laquelle je suis de l’avis que les relations franco-allemandes, qui sont une conséquence de la réconciliation après la guerre, devraient s’effacer petit à petit au profit d’une vraie politique européenne. Dans le douloureux dossier grec en tout cas, les initiatives et prises de position de Jean-Claude Juncker, président de la Commission, et de Pierre Moscovici, commissaire aux Affaires économiques et monétaires, ont été plus utiles que les annonces du gouvernement français.

Apparemment, dans les relations franco-allemandes, le rapport de force est en faveur de l’Allemagne, ce qui est regrettable, car des relations non équilibrées sont en général source de conflit. Laissons alors aux professionnels de la politique européenne la charge de mener un vrai rapport de force avec l’Allemagne, qui s’entête à regarder le dossier grec comme une question nationale (« les contribuables allemands paieront pour les Grecs »). L’Europe n’est pas la somme des relations bilatérales, mais la mise en œuvre d’une vraie vision politique au-dessus des considérations nationales.

 

19 mars, 2015 à 11:04


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