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La puissance économique de l’Allemagne en fait le principal aimant de l’UE

Photo: dpa

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Quelle ironie! L’Allemagne est devenue le pays le plus attractif pour les migrants venant d’Asie et d’Afrique et ce, parce que son économie est forte et son taux d’emploi élevé.  Quand le « deuxième miracle économique » a débuté avec les réformes sous le chancelier Schröder (le premier miracle économique est celui de l’après-guerre), l’objectif avait été de remettre l’Allemagne sur les rails de la compétitivité. La réunification des deux Allemagnes avait été très onéreuse pour les finances publiques, et les entreprises est-allemandes ont quasiment toutes été démantelées, gonflant le taux de chômage dans la plupart des régions de l’Est. La politique économique menée un peu à la hache par Gerhard Schröder, surtout durant son 2ème mandat, de 2002 à 2005, a eu un impact baissier sur les salaires, et a restauré installé une compétitivité déflationniste : les produits allemands, appréciés dans le monde, pouvaient être produits à des prix raisonnables, l’Euro aidant par ailleurs l’Allemagne à avoir une monnaie moins forte que le serait la Deutsche Mark.

Donc, l’Allemagne a muté de l’ »homme malade» à la locomotive de l’Europe. C’est la raison pour laquelle les migrants souhaitent y aller, ce qui fait que l’Allemagne, la Suède et la Grande-Bretagne sont aujourd’hui les principaux pays cibles des mouvements migratoires. Les pays qui sont réputés être moins dynamiques économiquement (France, Italie, Hongrie, etc.) ne font pas partie des endroits rêvés pour ces migrants, même si la majorité des réfugiés depuis le début de cet été ne sont pas partis de leurs pays pour des raisons économiques.

Ce n’est pas ce que les Allemands avaient prévu. Certes, le premier miracle économique a fait venir les travailleurs des pays d’Europe du Sud (les Gastarbeiter), mais globalement, et comparée à la France et la Grande-Bretagne, anciennes puissances coloniales, l’Allemagne ne se conçoit pas comme un pays d’immigration.  La plupart des Allemands sont conscients que leur démographie vieillissante nécessite une immigration ciblée. Mais ils ne s’attendaient pas aux chiffres que leur annonce le gouvernement : 800.000 réfugiés pour 2015, c’est-à-dire un accroissement de la population allemande de 1% dès cette année !

Actuellement, tout le monde s’efforce à afficher une « culture de l’accueil » (Willkommenskultur) aux personnes qui entrent le territoire allemand, pour la plupart en Bavière par le train en provenance de Budapest. La ville de Munich a donc organisé un accueil efficace et humain. Une majorité d’Allemands est d’accord avec la décision de la chancelière de massivement ouvrir le pays aux Syriens. Il faut cependant rester vigilant. Les attaques contre des foyers d’asile et les manifestations anti-immigrants sont pour l’instant cantonnés à l’Allemagne de l’Est. Mais la politique économique que pratique l’Allemagne depuis 10 ans environ a créé une population sous-payée qui rencontre beaucoup de difficultés dans la vie quotidienne en matière de logement, garde d’enfant, et qui est, plus généralement, une population précaire. Ce précariat est susceptible de rallier les rangs des mécontents, car il aura la sensation de rentrer dans une compétition avec les nouveaux arrivants.

L’élan de solidarité avec les réfugiés en Allemagne et ailleurs fait chaud au cœur. Il faut simplement garder la tête froide et veiller à ce que des investissements massifs et ciblés rendent la cohabitation entre Allemands et « nouveaux citoyens » (Neubürger) harmonieuse dans les années à venir. Ainsi, l’Allemagne pourrait à l’avenir devenir un véritable pays d’immigration.

4 septembre, 2015 à 10:33


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