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Faut-il avoir peur des Pirates ?

Faut-il avoir peur des Pirates ?  41MY09VY3JL._SL500_-300x300Des sondages récents indiquent que les Pirates, parti politique d’origine suédoise, pourraient devenir d’une importance capitale sur la scène politique allemande. Après avoir réussi leur entrée dans deux parlements régionaux (Berlin avec 8.9% et la Sarre avec 7.4%), les Pirates pourraient obtenir jusqu’à 13% des votes au niveau national – et s’installer ainsi comme la 3ème force politique du pays. Est-ce crédible ou seulement dans le champ des possibilités ? Si la réponse est oui, les conséquences pour l’Allemagne seraient immenses. 30% des Allemands disent qu’ils pourraient éventuellement voter pour les Pirates. Il s’agit, quoi qu’il advienne, d’un potentiel dont il faut comprendre les ressorts.

 Tout d’abord, pourquoi ce succès ?

La lassitude avec la politique traditionnelle est souvent avancée comme raison. Parmi les électeurs des Pirates, il y aurait en effet beaucoup d’anciens abstentionnistes, mais aussi des jeunes qui votent pour la 1ère fois. Est-ce que les sujets de la révolution numérique, de la transparence et de la permissivité sur Internet sont si attractifs que cela ? Il est permis de douter. La fascination qu’exerce ce parti de « jeunes », le nom qu’ils portent (contre l’establishment), leur critique permanente des partis traditionnels, leur culture de l’échange permanent, tout ce cocktail semble très attrayant. Mais il y a aussi des revendications concrètes qui plaisent : par exemple un revenu de base pour tous sans conditions de ressources. Cette question doit être tranchée par la population allemande par referendum, selon le parti.

La crise de l’Euro a apporté beaucoup d’eau sur les moulins du parti, parce qu’elle a privé les citoyens de moyens d’actions face à des changements considérables. Les mouvements Occupy et Anonymous ont contribué à l’idéologie pirate. La démocratie participative, autrefois un sujet important en France, fait également partie de l’ADN du parti. Mais on se trompe si on dit globalement qu’il s’agit là d’un parti de gauche.

Qui sont les Pirates ?

Le contraste avec les hommes politiques traditionnels en costume-cravate qui décident entre eux les sujets de société est en effet saisissant. Jeunes aux cheveux longs, geeks assumés, hackers fascinés de jeux de rôle, les Pirates donnent une autre image. Pour certains, ils sont « plus vrais », car ce ne sont pas forcement des grands communicants, c’est plutôt le type timide qui préfère s’exprimer sur le net. Parmi les Pirates allemands, certains avaient cependant déjà un engagement politique, le plus connu étant le dernier président du parti Sebastian Nerz qui était membre de la CDU. Une autre figure, Julia Schramm, qui voulait devenir présidente au dernier congrès du parti, a déjà travaillé pour un député libéral (FDP) avant de trouver sa voie dans la piraterie. La liberté n’est pas vraiment un sujet de prédilection de la gauche, il serait donc erroné de laisser les apparences parler. Les Pirates partagent certaines revendications de la gauche, et pas d’autres. Le problème se pose alors de savoir s’ils pouvaient devenir des partenaires de la gauche.

Et puis, les Pirates veulent-ils gouverner ?

Sans parler d’une participation à un niveau national, on pourrait déjà envisager des coalitions au niveau des Länder (régions). La dernière élection régionale en Allemagne (Rhénanie du Nord-Westphalie) a eu lieu le 13 Mai. Le SPD y obtient une majorité confortable avec les Verts, mais les Pirates avaient tendu des perches dans l’hypothèse d’une nécessité de former une coalition élargie.  Les sociaux-démocrates éviteront toujours de se lancer dans l’inconnu, mais si une alliance deviendra nécessaire pour accéder au pouvoir, ils tendront la main. Car ignorer ce nouveau mouvement serait la pire réaction de la part des établis.

28 avril, 2012 à 22:37 | Commentaires (0) | Permalien


A la recherche des causes structurelles de la compétitivité allemande (III)

Pour finir cette petite série, jetons un coup d’œil sur un autre phénomène allemand : le légendaire consensus  parmi les partenaires sociaux. Il est vrai que, pour un Allemand qui débarque en France, l’absence de négociation entre patronat et salariés saute aux yeux. Ce dialogue inexistant mène souvent à des conflits, c’est-à-dire en général des grèves (mais aussi des séquestrations, etc.), qui de leur côté nuisent à la compétitivité des entreprises. Un vrai cercle vicieux. D’ailleurs, la propension française à faire des grèves est bien connue en Allemagne : les Allemands ont  tendance à trouver cette insoumission sympathique, mais on constate aussi que les Français se tirent ainsi une balle dans leur pied.

Car le conflit se trouve en France souvent au début d’une négociation, et non à la suite d’une négociation échouée. La faute est des deux côtés : Patronat arrogant et peu pressé de prendre en considération les revendications. Mais aussi syndicats divisés et prêts à dégainer rapidement la menace de la grève. Le tout couronné d’un taux de syndicalisation peu élevé en France : 7.5% contre 19% en Allemagne (source : OCDE).

En Allemagne, un syndicat unique, le DGB, est chargé de la représentation des salariés. Il se subdivise en 8 syndicats de branche, qui ont un poids plus ou moins important : Les deux plus grands acteurs sont IG Metall (métallurgie) et Ver.di (Services). D’autres syndicats couvrent par exemple le secteur de l’éducation (GEW) ou le charbon, la chimie et l’énergie (IG BCE). Ce sont des syndicats apolitiques, même si leurs revendications peuvent ne pas l’être. L’unité syndicale en Allemagne date de 1949, alors qu’en France la fragmentation syndicale s’explique surtout par les divergences de vue que les autres syndicats entretenaient avec les salariés communistes représentés par la CGT. Ce problème des rapports avec les communistes n’était pas posé en Allemagne, personne n’avait donc intérêt à politiser la représentation syndicale.

De par son poids, le DGB compte beaucoup dans les négociations salariales. La participation des salariés dans les décisions salariales mais aussi stratégiques via leur présence au conseil de surveillance est considérable.  En général, les accords sont négociés d’une façon « donnant-donnant » : une modération salariale peut être obtenue par une meilleure protection des licenciements. Ainsi, le DGB ne cherche pas à agir dans l’intérêt du pays, mais réellement des employés de l’entreprise concernée. Pas de débat idéologique donc, mais des garanties concrètes pour  les travailleurs concernés.

Cette façon de faire n’a pas que des avantages : l’absence de salaire minimum (dans la plupart des branches professionnelles) peut paraître étonnante pour un pays où les syndicats ont un réel pouvoir. En fait, les syndicats ont eux-mêmes longtemps cru à la décentralisation : les salaires doivent être décidés dans chaque branche, et non de façon uniforme. Les abus dans certains secteurs (notamment dans les services) leur ont démontré qu’il fallait abandonner cette idéologie décentralisatrice : Aujourd’hui, 3.5 millions d’Allemands travaillent pour moins de 7€ brut l’heure (SMIC français : 9€ brut), et parmi ceux-là 1.2 millions pour moins de 5€ brut. La pauvreté augmente par conséquent, et les syndicats réalisent qu’ils sont peut-être responsables de cette absence de régulation.

Pour conclure, on peut peut-être dire que le consensus salariat-patronat est favorable à l’économie du pays. Cependant, le balancier a été trop favorable au patronat à partir des années 2000 : ayant intégré certains préceptes des théories libérales, les syndicats ont fait des larges concessions pour redresser l’économie du pays après une réunification difficile. Le résultat est mitigé : le chômage est peu élevé, mais le taux de pauvreté parmi les chômeurs est le plus élevé d’Europe (70%). La classe moyenne diminue, et l’indice mesurant les écarts de salaires (donc l’inégalité) augmente. Bref, le pays a payé un prix important en termes de désintégration sociale.

Il n’empêche que l’Allemagne reste un modèle pour la gestion des relations sociales. Le frottement conflictuel ralentit la bonne marche d’une économie, et la France pourrait essayer de s’inspirer des structures co-gestionnaires dans les entreprises ; encore faudrait-il que le législateur fasse confiance au sens de l’intérêt commun des représentants des salariés. La culture coopérative (dans l’intérêt commun) doit être développée en France, c’est un point crucial et souvent sous-estimé pour rattraper l’Allemagne.

2 avril, 2012 à 9:30 | Commentaires (0) | Permalien


A la recherche des causes structurelles de la compétitivité allemande (II)

Faut-il vraiment copier le modèle allemand ? Peut-être, mais pas là où on croit. Nicolas Sarkozy rate l’essentiel quand il professe que la France doit s’aligner sur le modèle exportateur et déflationniste qui a fait le succès allemand depuis une dizaine d’années. Car les vraies différences avec la France sont ailleurs, et surtout plus profondes.

Un facteur de la compétitivité des entreprises allemandes réside certainement dans le fait qu’un nombre important est toujours dans les mains de familles fondatrices: 91% pour être précis. Car il faut bien comprendre que le tissu industriel s’est formé après la guerre, par une génération d’hommes qui était conscients que l’industrie lourde du pays serait contrôlée par les Alliés pour quelque temps. Pour entreprendre, il n’y avait donc pas d’autre choix que de se lancer dans une niche bien précise.

Un certain nombre d’entreprises puisent leurs racines au 19ème siècle bien sûr, ou dans l’entre-deux-guerres. Mais on peut dire que des nombreuses créations sont le fait de l’après-guerre et du « miracle économique » qui débute dans les années 50.

Ces entreprises, ce sont souvent des PME (<50Mio€ de chiffre d’affaires annuel selon la définition de la Commission Européenne)  et parfois des entreprises plus importantes. C’est la fameuse base industrielle qui fait la force du pays : Les PME allemandes constituent plus de 99% des entreprises allemandes s’acquittant d’impôts sur la société, emploient plus de 70% des salariés allemands, et dégagent 38% du chiffre d’affaires national cumulé. Beaucoup d’entre elles sont le numéro 1 mondial de leur secteur, notamment dans les biens intermédiaires, destinés à des clients industriels. Ces entreprises sont très souvent exportatrices (aussi souvent que les grandes entreprises), ce qui s’explique aisément par leur spécialisation parfois monoproduit.

Mais il y a aussi les entreprises familiales dépassant les 50 Mio€ de chiffre d’affaires qui contribuent à la dynamique industrielle. Selon une étude de l’organisation patronale BDI,  les 4.400 plus grandes entreprises à capital familial ont pu traverser la crise sans trop de problèmes car elles disposent en général de capitaux propres plus élevés. Les baisses du chiffre d’affaires (et de la rentabilité) ont ainsi pu être absorbées sans trop porter atteinte  à la structure bilantielle. Dans ce modèle, le financement bancaire a toute sa place, contrairement au financement par les marchés financiers et la Bourse.

La gestion du personnel est également moins erratique dans les entreprises à capital familial, et leur souci de garder un maximum d’employés même en cas de baisse d’activité a encore une fois été démontré durant les années 2008/09 : le nombre de leurs employés a baissé durant ces deux années de 2.6%, à comparer avec un chiffre d’affaires en recul de 10%.

On peut comprendre cette spécificité des entreprises familiales même sans trop entrer dans le détail : pour qu’une famille décide de garder la main sur son entreprise, elle doit avoir d’autres objectifs que purement financiers. Par conséquent, même si la famille n’assure plus le management opérationnel, elle a le souci du long terme. La dynamique est une chose, la pérennité en est une autre, tout aussi importante pour l’économie du pays.

Le capitalisme rhénan semblait avoir perdu la main face à l’omniprésence du néolibéralisme anglo-saxon. La crise qui sévit depuis 2008 servira peut-être à réviser les fondamentaux du capitalisme : créer des richesses, oui, mais dans un objectif plus sociétal qu’individuel. Une grande majorité de Français partage ce souhait, il serait donc temps d’apporter des corrections aux évolutions néfastes des dernières années.

5 mars, 2012 à 10:54 | Commentaires (0) | Permalien


A la recherche des causes structurelles de la compétitivité allemande (I)

Pour ceux qui cherchent, comme je le fais, à comprendre qu’est-ce qui fait que la compétitivité industrielle de l’Allemagne est meilleure que celle de la France, les réponses ne sont souvent pas faciles à détecter du premier coup d’œil. On connaît les réponses habituelles, le « modèle allemand » étant actuellement très prisé, surtout par Nicolas Sarkozy qui ne jure plus que par lui. Mais les causes sont souvent plus structurelles, et du coup moins facile à imiter qu’un simple relèvement de la TVA. Une des raisons que j’ai identifiée est la formation des ingénieurs.

Je m’explique : pour devenir ingénieur en France, il faut être un excellent élève, choisir une filière scientifique au lycée à l’âge de 15 ans, effectuer 2 ou 3 années de classes préparatoires souvent très difficiles, et passer ensuite des concours très sélectifs. Les meilleurs éléments finissent dans 3 écoles parisiennes : Polytechnique, Centrale, Mines. Une fois passé ce cap, les élèves pourront passer une scolarité détendue, et choisir des postes intéressants à la sortie, souvent dans le domaine du management voire de la finance. D’autres intégreront des grandes administrations ou des entreprises publiques comme EdF ou Areva.

En Allemagne, les choses se passent tout autrement. Ceux qui sont attirés par les études d’ingénieur choisissent en général une matière qui s’appelle Maschinenbau, ce qui veut dire construction mécanique. Ce sont souvent des bons élèves, mais ils doivent surtout être bons en mathématiques et physique.  La sélection à l’entrée de ce cursus se fait sur la note moyenne obtenue au Bac, mais si on attend après le Bac (un an ou deux, en faisant autre chose), on améliore ses chances d’obtenir une place. D’ailleurs, la sélection n’est pas si dure : sur 3.846 élèves qui avaient demandé une place en Maschinenbau à l’Université d’Aix-la-Chapelle, celle qui est considérée comme la meilleure par tous les classements, 1.200 ont été pris en 2011.

Où iront tous ces diplômés à l’issue de leurs études ? Eh bien, ils deviendront pour la plupart ingénieurs, et non pas des as du management ou de la finance. Ils trimeront sur des concepts, des machines, des systèmes informatiques, souvent dans des PMEs, parfois chez les grands industriels, automobiles ou autres. Ceux qui ne sont pas intéressés par l’aspect technique des choses auront plutôt choisi d’étudier le droit ou la gestion.

Les ingénieurs allemands sont souvent des mordus de technique, et voudront inventer ou créer eux-mêmes un produit, une machine ou un concept. Certains iront peut-être jusqu’à créer leur entreprise. Et voilà qu’on détecte une autre grande différence entre eux et leurs homologues français : devenir ingénieur en France est une affaire de la grande bourgeoisie (v. plus haut : meilleurs lycées, classes préparatoires, etc.). Devenir ingénieur en Allemagne est une affaire de la classe moyenne, voire ouvrière. Ces ingénieurs-là ont souvent plus le sens de l’entrepreneuriat et n’hésiteront pas à innover même dans des produits moins « nobles ». Les diplômés de Polytechnique ou de Centrale, en revanche, chercheront avant tout à obtenir un statut social au moins aussi élevé que celui de leurs parents.

Bien sûr, c’est un raisonnement simplifié, et il y a certainement des exceptions dans les deux sens. Mais il y a une différence nette entre les deux conceptions du statut d’ingénieur, la conception allemande étant plus « technique ». Cette technicité est sûrement un des secrets des PMEs allemandes qui sont si souvent leader mondial dans leur domaine.

6 février, 2012 à 12:05 | Commentaires (1) | Permalien


Les véritables causes de la peur inflationniste des Allemands

Un des désaccords éternels entre la France et l’Allemagne concerne le rôle de la Banque Centrale Européenne et le risque d’inflation qu’une politique monétaire plus expansionniste pourrait créer. Les Allemands ont peur, dit-on et entend-t-on partout, de l’hyperinflation comme celle qui a secoué le pays au début des années 20.  Cette situation, impossible à vivre (un Dollar US valait en Novembre 1923 4,2 milliards de Mark !), aurait profondément traumatisé le peuple allemand, au point que le nazisme ait pu s’installer confortablement par la suite.

Il est temps, il me semble, de moderniser un petit peu la lecture de la peur inflationniste allemande.

Les Allemands ressemblent aux autres Européens par un taux d’épargne relativement élevé (11% pour l’Allemagne, 12% pour la France par exemple, à comparer aux 6% en Grande-Bretagne et aux USA). Il faut cependant regarder de plus près : ce taux d’épargne net ne comporte pas l’investissement immobilier. Or, en matière d’acquisition immobilière, les Allemands sont à la traine par rapport à leurs voisins : 45% de propriétaires de résidence principale, contre 60% en France, 70% en Italie et 80% en Grèce par exemple. Il est vrai que ce grand écart semble être un phénomène Nord-Sud.

Qui dit possession immobilière dit  une certaine indépendance par rapport à l’évolution des prix. En effet, quand on possède sa maison (plus, pour les plus fortunés, un appartement qu’on loue, par exemple), on est moins concerné par l’inflation. Ce fait est encore renforcé par le levier de l’endettement : quand on s’endette pour acheter sa maison (ou son investissement locatif), on n’est pas spécialement allergique à l’inflation, bien au contraire, puisque l’inflation réduit la dette : je m’endette en 2000 pour 100.000€, en 2010, les 50.000€ que je dois encore à la banque valent nettement moins. Les gens qui s’endettent sont également favorables à des taux d’intérêt bas, alors que ceux qui épargnent en plaçant leur argent souhaitent des taux d’intérêt élevés (c’est donc le cas des Allemands).

La question qui s’impose est dès lors : pourquoi les Allemands n’investissent pas dans leur résidence principale ?

Ici, c’est mon observation personnelle qui peut servir car ce genre de question est rarement posé dans des analyses économiques. En fait, les 30-40 ans (âge auquel on accède habituellement à une première résidence principale) souffrent de la forte décentralisation du pays dans la mesure où ils doivent assez souvent être mobiles géographiquement. Je m’explique. Il est rare qu’un couple puisse dire à 35 ans : ça y est, nous nous sentons bien à Hambourg, on s’achète une maison et on ne bouge plus. Plus on gagne de l’argent, plus on est susceptible de devoir bouger, car les entreprises et les administrations sont disséminées sur tout le pays. En plus, un couple a rarement la chance de travailler dans la même ville. Le résultat est une plus grande instabilité sur tous les plans, y compris dans l’achat d’une maison. Quant aux classes populaires, l’achat d’une maison ne paraît pas comme une priorité, d’autant plus que la déflation salariale des 10 dernières années a eu comme conséquence d’augmenter d’autres contraintes dans le budget familial.

Pour résumer : oui, les Allemands détestent l’inflation, mais pas pour les raisons qu’on croit. Leur niveau de salaire étant globalement plus élevé que la moyenne européenne, ils ont une bonne capacité d’épargne qu’ils n’investissent cependant que rarement dans l’immobilier. L’inflation est donc susceptible de ronger leurs économies, qu’ils ont de surcroit davantage investi dans des actifs à taux fixe (livret, obligations) depuis le début de la crise, au détriment des actions qui, elles, bénéficieraient de taux d’intérêt bas.

Nous avons donc trouvé la véritable raison pour laquelle les Allemands n’ont pas intérêt à mener une politique plus inflationniste et privilégient une politique des taux relativement élevés. Comme quoi une idée fausse ne devient pas plus vraie si on la répète inlassablement !

6 janvier, 2012 à 9:45 | Commentaires (0) | Permalien


Les néonazis allemands s’invitent dans le débat européen

Au moment où l’Euro et toute l’Europe sont soumis à des pressions énormes, au moment où l’Allemagne essaie d’imposer tout son poids sur la question de la gouvernance économique, voilà que surgit un phénomène qu’on croyait d’une autre époque. Les néonazis, ceux qui se réclament d’une supériorité absolue de l’Allemagne sur tous les plans, politique et militaire voire raciaux, se rappellent à notre souvenir. Ils sont finalement beaucoup mieux organisé qu’on croyait et ils réclament l’assassinat de plusieurs étrangers depuis 2000. Quel rapport, allez-vous me dire ? Le rapport, il existe dans la mesure où le chemin est étroit pour l’Allemagne entre un pays respecté et aimé et un pays honni.

Chacun a vu les réactions excessives de certains manifestants grecs, par exemple, qui portaient des portraits d’Angela Merkel en uniforme nazie. De façon moins caricaturale, des voix parfois très officielles se sont fait entendre en Grèce pour rappeler à l’Allemagne l’occupation nazie entre 1941 et 1944 et la destruction humaine et économique qu’elle a causée. Les fonds que l’Allemagne mettrait à disposition de la Grèce pourraient ainsi être considérés comme une réparation en bonne et due forme.

Quand on est en conflit avec l’Allemagne, l’argument nazi n’est jamais très loin. L’image de l’Allemagne est actuellement dégradé, cela est vrai dans les pays du Sud européen mais pas seulement : l’opinion publique britannique est également particulièrement virulente pour condamner l’arrogance allemande dans la crise européenne, et les médias ne se privent pas d’établir les parallèles avec les années 30. Quant aux Français, personne ne peut nier une montée de germanophobie dans les milieux politiques, à droite comme à gauche. La nouvelle doctrine de Nicolas Sarkozy qui est de faire tout comme l’Allemagne provoque des dégâts, dans son camp mais aussi dans l’opposition où certaines petites phrases, destinées à nuire à Sarkozy, nuisent en réalité à l’image de l’Allemagne. A tort ou a raison.

Les néonazis, donc, apportent leur petite pierre au débat en montrant que le pays a gravement sous-estimé le potentiel des adversaires du régime. Le NPD, parti d’extrême-droite présent dans deux parlements régionaux et récipient à ce titre de subventions publiques, n’a pour l’instant, et fort heureusement, pas d’impact national. Il ne faut néanmoins pas sous-estimer son potentiel de nuisance, par exemple au niveau municipal, où il est relativement bien représenté, et où il a entrepris un travail minutieux d’implantation dans la société.

Le débat européen s’en trouve-t-il modifié ? Le débat européen est entré dans une phase où l’image de l’Allemagne commence à être un sujet. Un an après les succès phénoménal du livre « L’Allemagne s’abolit » de Thilo Sarrazin, livre qui accuse les étrangers d’avoir raté leur intégration et les politiques d’avoir sous-estimé ce problème, nous voyons qu’un groupe de criminels néonazis a essayé de résoudre la question à sa façon. L’Allemagne est sur un chemin étroit car la tentation de tomber dans la xénophobie augmente dans le climat d’insécurité économique. C’est aux responsables politiques, ceux au pourvoir ainsi que ceux dans l’opposition, de dire très clairement comment ils comptent lutter contre cette tentation.

 

 

 

2 décembre, 2011 à 12:05 | Commentaires (0) | Permalien


La germanisation de l’Europe progresse

La mine défaite de Nicolas Sarkozy depuis quelques jours traduit bien un sentiment d’échec de la position française dans les dernières négociations, avec la conclusion générale dans le monde que la position allemande dans le sauvetage de la zone Euro a été prédominante. Après avoir reculé à plusieurs reprises face à son agile homologue français depuis deux ans, Angela Merkel semble avoir pris le taureau par les cornes et imposé sa volonté: l’Europe sera allemande ou ne sera pas du tout.

La culture de stabilité était l’apanage de quelques pays seulement, essentiellement du Nord de l’Europe? Ce sera désormais la doctrine de l’Europe entière: une monnaie forte, une inflation inexistante, des comptes publics équilibrés, une économie compétitive et tournée vers l’exportation.

A côté de ces objectifs, tous directement issus du monétarisme économique, il y a la “spécificité” allemande: l’économie de marché sociale, avec son Etat protecteur et ses prestations sociales conséquentes. Rajoutons à cela la décentralisation et le consensus syndical, et nous tenons en mains le modèle économique allemand (ou rhénan, car la capitale choisie par les pères de cette doctrine, Konrad Adenauer et Ludwig Erhard était la ville rhénane de Bonn).

C’est le modèle adoubé par toute la classe politique allemande. C’est le modèle qu’Angela Merkel souhaite voir s’imposer dans la zone Euro. Est-ce réaliste ou seulement souhaitable?

La réponse est que ce serait souhaitable si c’était réaliste. Si tous les pays de la zone Euro avaient une industrie puissante, des PMEs créatrices d’emplois, des brevets et un niveau de qualité reconnus mondialement, un climat social favorable en raison de l’absence de dissensions syndicales, l’Europe pourrait en effet tenter de marcher dans la même direction. Mais voilà : l’histoire syndicale, les orientations industrielles, le nombre de brevets déclarés annuellement, la puissance exportatrice, tous ces facteurs diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre. Ajoutons un point que personne n’a jusqu’à là évoqué : plus un pays est grand (en population, c’est-à-dire en marché intérieur, en puissance financière, en nombre d’entreprises qui peuvent s’épauler les unes les autres sur les marchés étrangers), plus il a le potentiel de réussir dans un monde globalisé. Il est donc écrit d’avance que l’Allemagne sera supérieure en puissance de feu économique qu’un pays comme la Grèce.

Les erreurs commises par les Grecs, et dans une moindre mesure, par les Italiens, les Portugais, les Espagnols et le Irlandais, sont incontestables (et différentes pour chaque cas). Dans le cas de la Grèce, des siècles de désobéissance fiscale, ainsi que l’absence de structures administratives fiables, sont aujourd’hui pointés, avec raison, par tous, et en premier lieu par les Grecs eux-mêmes. Cela doit changer, et la Task Force européenne ainsi que la nouvelle équipe de la « Troïka » comprenant une centaine d’auditeurs laissent espérer un changement. L’Allemagne a joué un rôle favorable dans l’établissement de cette « veille », et la gouvernance de l’Europe en sortira renforcée.

En revanche, les Allemands se sont rapidement approprié le rôle de donneurs de leçons, ce en quoi ils excellent. La nouvelle confiance acquise par la réunification en 1990, et tant redoutée par François Mitterrand, joue à plein. Le pays a surmonté toutes les difficultés du 20ème siècle, parfois avec l’aide de l’extérieur, et s’étonne que d’autres nations se trouvent à des stades de développement différents.

La seule réponse valable à ce déséquilibre est une gouvernance européenne renforcée : la notion de solidarité a, durant cette crise, gagné en terrain, même si une bonne partie des Européens (partis populistes en tête, mais pas seulement) s’y opposent. Il faudra convaincre que c’est la seule voie, les autres voies menant à une dislocation de l’Europe.

31 octobre, 2011 à 13:34 | Commentaires (0) | Permalien


De l’euroscepticisme allemand

Les responsables politiques allemands disent sans exception ne pas être eurosceptiques : oui, ils sont pour l’Europe, mais non, ils sont contre l’exploitation d’un membre de l’Union par l’autre. La dernière devise de ces pseudo-européens ? Jetez la Grèce dehors. Et s’il le faut, on ne s’arrêtera pas là : d’autres seront bientôt sur la liste. Bien sûr, pour l’instant, on ne le dit pas. Tout comme on ne dit pas qu’en Allemagne on pense que la France montre des fragilités inquiétantes : des déficits publics importants, des banques solides sur le papier mais, pour des raisons mystérieuses, tout de même dans l’œil du cyclone, et, surtout, une société prête à aller dans la rue pour défendre ses acquis sociaux. Au mois d’Août, l’économiste en chef de la Deutsche Bank avait ouvertement critiqué l’absence de réformes structurelles en France, ce qu’Angela Merkel n’oserait pas faire publiquement, mais ce que tout le monde pense très fort en Allemagne.

L’euroscepticisme prend donc ces jours-ci une nouvelle forme : restons entre nous ! Nous, ce sont les pays qui ont une dette publique maîtrisée ? Non, car l’Espagne par exemple pourrait dans ce cas entrer dans le groupe vertueux, avec ses 60% du PIB de dette publique (pour mémoire : c’est 83% pour l’Allemagne). La définition du groupe des vertueux est actuellement plutôt le montant du « spread » que ces pays doivent payer pour s’endetter sur les marchés financiers : c’est donc ces derniers qui décident de la vertu d’un pays.

La folie de cette évolution n’est clairement identifiée que par peu de gens. La majorité des responsables politiques au pouvoir en Allemagne raisonne dans un court-termisme effrayant. Ainsi, jeter dehors la Grèce doit ne plus être un « tabou de la pensée » clame le ministre de l’Economie et vice-chancelier. Jamais ce responsable dirait-il qu’il est eurosceptique. Pourtant, il est bien plus que sceptique : il prône le démantèlement de la zone Euro et du projet européen. Il n’y a aucune raison valable pour laquelle les marchés ne s’attaqueraient pas à d’autres membres de la zone Euro après une sortie de la Grèce.

La vérité n’est pas très agréable à entendre, et c’est pour cela qu’elle est rarement dite : les pénibles mesures de sauvetage doivent continuer. Une restructuration des dettes souveraines (il n’y aura pas que la dette grecque) est une de ces mesures, et certains acteurs économiques en pâtiront ; mais ne serait-il pas plus sain que certaines banques, compagnies d’assurance ou autres intervenants sur les marchés financiers soient rabotés à une taille plus modeste pour qu’ils retrouvent une fonction plus utile dans la vie économique ?

Les responsables politiques allemands qui prônent aussi ouvertement la destruction de la zone Euro sont encore minoritaires. Ils donnent cependant le ton, et les autres sont dans l’obligation de justifier leurs actes et décisions par rapport à ces revendications incendiaires. Prendre les décisions qui s’imposent est certes un acte de courage dans cet océan de populisme, mais c’est désormais une exigence absolue d’être courageux quand on est au pouvoir.

13 septembre, 2011 à 9:46 | Commentaires (0) | Permalien


L’affaire DSK vue d’Allemagne

Cette affaire qui a empoisonné la vie politique française depuis deux mois n’est pas restée sans écho dans d’autres pays européens. En Allemagne, elle a été concomitante avec une autre affaire, différente celle-ci et guère de portée politique. Il s’agit du procès de Jörg Kachelmann, célèbre présentateur de la météo à la télévision, et de ce fait, un personnage très connu et plutôt apprécié du grand public.

Kachelmann est aussi arrêté à l’aéroport, en mars 2010, à Francfort, à la suite d’une plainte déposée par une de ses nombreuses maîtresses, qui dit avoir subi une tentative de viol. Il passe tout de même 4 mois en prison avant l’ouverture du procès, au cours duquel sa vie sexuelle, mouvementée, est passée au crible et où les femmes qu’il a côtoyées témoignent. On ne peut pas dire que Kachelmann était « présumé coupable » par la justice allemande, comme le reproche en a été fait à la justice américaine à propos de DSK. On peut cependant affirmer que les médias n’ont pas pris des pincettes pour analyser ce procès sous toutes les coutures, et pour aller au-delà de ce qu’un citoyen lambda a envie de lire.

A la fin du procès, et 17 jours après l’arrestation de DSK à New York, Jörg Kachelmann est déclaré non-coupable. Néanmoins, les juges soulignent que c’est le doute qui a pesé en sa faveur, et ils affirment que s’ils n’ont pas pu établir la culpabilité de l’accusé, ils n’ont pas pour autant pu établir son innocence.

L’affaire n’a pas vraiment divisé le pays, c’est le soulagement qui a dominé lors du jugement. Mais elle a resurgi quelques semaines plus tard, quand le monde apprend que DSK est peut-être tout simplement victime d’une manipulation. Dans un excellent article titré « Des mensonges qu’on a envie de croire », le journal Die Zeit décortique les parallèles entre les deux affaires, et conclut qu’un comportement « au-delà des normes bourgeoises » (ce qui peut être traduit par un comportement libertin) pousse les accusateurs à croire plus facilement aux accusations de viol. Dans l’affaire DSK, le niveau social de l’accusatrice rajoute une couche sur un présumé comportement prédateur masculin. Une femme, inconnue, faible et pauvre est forcement victime.

La tendance (politique) des dernières années de se placer avant tout du point de vue de la victime a rendu plus difficile la recherche de la vérité surtout dans les affaires de délinquance sexuelle. Le taux de jugements erronés dans ce domaine serait par conséquent plus élevé qu’ailleurs, selon des experts allemands autour de 30%, tandis que, pour 40%, aucune certitude ne peut être établie. C’est sans doute l’effet de l’excès contraire d’une longue tradition de tolérance et des yeux fermés sur des affaires d’inceste, viols et pédophilie, forcement commis contre des personnes plus faibles.

On peut en conclure que la justice a des progrès à faire, et qu’il vaut mieux rester prudent dans toutes les circonstances. Prudence dont ont fait preuve l’opinion publique et les médias allemands pour DSK. L’affaire a plutôt été l’occasion de commenter les mœurs sexuelles des personnalités françaises, aidé en cela par des « connaisseurs » de la chose, comme Catherine Millet, qui avait très bien vendu son livre-choc en Allemagne. C’est un peu cliché, mais la femme fatale et l’homme séducteur sont la panoplie du Français parfait dans les yeux des Allemands. Rien de nouveau sous le soleil.

11 juillet, 2011 à 12:13 | Commentaires (0) | Permalien


Dans le débat public allemand, l’Euro est déjà à terre

Tribune apparue dans LEMONDE.FR | 23.05.11 | 09h32 • Mis à jour le 23.05.11 | 14h28

Le débat existe depuis longtemps, mais il a commencé à prendre de l’acuité à l’occasion d’un succès en librairie d’un ancien patron de l’industrie à la fin de l’année dernière. Le livre s’appelait « Sauvez notre monnaie ! » (Rettet unser Geld !), et il préconisait la partition de la monnaie européenne en Euro du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Luxembourg, Finlande essentiellement) et Euro du Sud (France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce essentiellement). Retraçant l’histoire de la monnaie commune, l’auteur souligne que l’Euro est le fruit d’un deal franco-allemand qu’on peut réduire à l’équation Réunification allemande (revendication allemande) contre Monnaie européenne (revendication française). L’Euro est donc né parce que la France craignait une superpuissance allemande et pensait pouvoir la briser en l’impliquant dans une solidarité monétaire. Si Helmut Kohl voulait sa réunification, il n’avait pas le choix.

Tous les Allemands ne partagent pas cette analyse, mais voilà la force des best-sellers : un thème dont tout le monde parle, dans les médias ou dans le café du commerce, parvient à s’insinuer dans l’esprit de tous.

Dans les mois précédents, plusieurs tabous de la politique économique allemande avaient déjà été brisés : Il y a d’abord eu dès 2009 les plans de relance imposés par les autres pays européens, France et Grande-Bretagne avant tout, qui allaient frontalement à l’encontre de la religion que la chancelière souhaitait imposer à tous, y compris ses partenaires de coalition sociaux-démocrates : une réduction constante des dépenses de l’Etat et la baisse des prélèvements obligatoires. Merkel fît mauvaise mine et accepta à la fin de coopérer pour éviter que la machine économique européenne sombre.

Puis, tout au long de l’année 2010, la BCE a racheté des obligations de l’Etat grec pour que leur prix ne s’effondre pas. Cette décision a été prise exceptionnellement sans consensus au sein du Conseil des gouverneurs, et notamment avec le désaccord du président de la Bundesbank Axel Weber qui craignait que le bilan de la BCE, pilier de l’orthodoxie monétaire, se remplisse d’actifs de valeur douteuse. Weber a, quelques mois plus tard, démissionné de son poste et d’une possible succession à Jean-Claude Trichet. Le futur banquier central européen sera, avec très probablement l’Italien Mario Draghi, un représentant de l’Europe du Sud.

Ensuite, l’influence de l’Eurogroupe que certains n’hésitent pas à appeler un gouvernement économique, s’accrut. Si les Allemands pensaient encore éviter une coopération renforcée car ils ne veulent surtout pas d’un transfert décisionnel notamment dans les domaines budgétaires, fiscales et sociales vers une structure multilatérale, 2010 a été l’année de toutes les concessions pour eux.

Aujourd’hui, il n’y a guère que les directions des partis politiques établis (les chrétiens-démocrates, les sociaux-démocrates, les libéraux et les Verts) qui argumentent en faveur du maintien de la zone Euro dans sa configuration actuelle. La base a commencé à se mobiliser contre ce dogme officiel, et un nombre croissant de députés se singularisent en réclamant la fin des opérations de sauvetage monétaire. De toute façon, partout ailleurs, le démontage est en cours : des économistes influents, des grands journaux nationaux (Bild bien sûr et son tirage de 3 millions, mais aussi les très sérieux FAZ et Die Welt) et, surtout, les innombrables talk-shows télévisés dont les Allemands sont tellement friands : Tous considèrent déjà cette aventure monétaire comme un échec, et, en tout état de cause, comme préjudiciable aux équilibres économiques de l’Allemagne. Ainsi, les finances publiques seront à nouveau sur une mauvaise pente en cas de sauvetage de pays du Sud, alors même que l’Allemagne s’est dotée d’une obligation constitutionnelle de ne quasiment plus s’endetter à partir de 2016. Mais il y a aussi le spectre de l’inflation qui guette la zone Euro en raison d’une politique de taux trop laxiste durant les trois dernières années.

Sur le plan plus émotionnel, la messe est également dite : pour une raison un peu mystérieuse, et en tout cas pas très compréhensible historiquement, les Allemands considèrent qu’ils sont les vaches à lait de tout le monde. Est-ce le traumatisme du Traité de Versailles de 1919 qui imposa des réparations impossibles à honorer à l’Allemagne ? Ou n’a-t-on pas besoin de chercher une référence historique, et est-ce tout simplement la cure économique des 10 dernières années qui a donné la rage à ceux qui se sont serré la ceinture, sur le ton de « si j’ai souffert, d’autres le devront également ».

Le grand philosophe Jürgen Habermas constate en tout cas que cette nouvelle mentalité allemande s’est installée au moment de la réunification et s’est renforcée depuis l’élection d’Angela Merkel en 2005. Il parle d’un recul de la « culture de la réserve » au profit d’une « conscience auto-centrée », aussi dans le domaine de la politique européenne qui vise désormais à installer « une Allemagne européenne dans une Europe germanisée ».

L’opinion publique allemande semble imposer sa volonté d’agir en faveur de l’intérêt allemand avant tout, et la zone Euro et sa gouvernance actuelle sont perçus comme contraires à cet intérêt. Tant que les dirigeants politiques ne s’émanciperont pas de cette pression, l’Euro et la politique impulsée par l‘Eurogroupe sont en danger de mort.

30 mai, 2011 à 15:39 | Commentaires (0) | Permalien


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