Bienvenue sur mon blog qui décrypte l'actualité en France et en Allemagne

Inégalités, pauvreté et le métro parisien

Parmi les personnes qui font la manche dans le métro, il y en a que je revois régulièrement sur ma ligne (la 12), pour certaines depuis des années, malheureusement pour eux.

Je suis tombée, plusieurs fois depuis quelques mois, sur un SDF allemand, ce qui est, avouez-le, un peu surprenant. Aussi surprenant que serait quelqu’un dans le métro berlinois qui demande, avec un fort accent français, si vous avec quelques euros ou un ticket restaurant.

Ce que dit cet homme n’est pas particulièrement aimable, il est plutôt un peu cassant, il n’empêche qu’à chaque fois que je l’ai vu, il arrive à convaincre plusieurs voyageurs de lui donner quelque chose. Peut-être parce que son style tranche avec les demandes habituelles…

L’Allemagne fait partie des pays de l’OCDE où l’inégalité s’est le plus creusé depuis une dizaine d’années, c’est-à-dire dans la période 2000-2010. La part des personnes aux revenus modestes a augmenté dans cette période de 18 à 22%. En même temps, leur revenu moyen diminue même en termes nominaux : de 680 à 645€ mensuels pour cette période. Il faut ici souligner l’absence de salaires minimaux en Allemagne, sauf pour quelques secteurs économiques particulièrement soumis à la concurrence de travailleurs est-européens. Mais cette évolution a aussi un impact sur la société dans son ensemble : le nombre de personnes appartenant à la « classe moyenne » a fondu pendant cette période de 66 à 60% de la population globale. Or, pour les chercheurs en sciences sociales, plus la classe moyenne est importante dans un pays, plus la cohésion de la société est garantie.

Le miracle économique qui a lieu actuellement (croissance solide avec 2,7% prévus pour 2011, bons résultats trimestriels des entreprises, chômage historiquement bas à 7,3%) est un arbre qui cache une grosse forêt, moins intéressante pour les analystes des marchés : la pauvreté augmente, le pouvoir d’achat stagne, le secteur de l’emploi « low cost » explose. L’Allemagne se gargarise d’avoir trouvé sa place dans la nouvelle division internationale du travail, mais elle souligne rarement que cela s’est passé au détriment d’un quart de ses habitants qui, même si la plupart travaillent, ne parviennent pas à mener une vie digne d’une nation prospère.

Il peut y avoir désormais des SDF de pays riches dans d’autres pays riches, ou même dans des pays moins riches. Les catégories que nous connaissions auparavant n’existent quasiment plus: le Tiers-monde devient, pour une partie, de plus en plus prospère, les salaires allemands ne sont plus ce qu’ils étaient, la technologie est souvent chinoise, la finance souvent arabe. La mondialisation implique que même la pauvreté est désormais « sans frontières ». Les pays occidentaux et l’Allemagne, troisième puissance économique mondiale, et donc théoriquement capable de peser dans certaines évolutions, n’ont pas su faire barrage à ce tsunami économique du nivellement par le bas et de l’effet de ciseaux en matière de répartition de revenus.

2 mai, 2011 à 16:28 | Commentaires (2) | Permalien


Energie nucléaire, le désaccord franco-allemand

Les comportements électoraux qui ont suivi la catastrophe nucléaire au Japon n’ont pas été les mêmes en France et en Allemagne : après Fukushima, la sensation en France a été le score important du Front National induisant un effondrement de l’UMP aux élections cantonales. En Allemagne, la sensation a consisté dans les scores inédits du parti des Verts dans deux régions. L’une d’entre elles, le Bade-Wurtemberg, sera même dirigée par un ministre-président vert, ce qui ne s’est jamais vu auparavant.

On savait que la sensibilité des deux pays vis-à-vis de l’énergie nucléaire n’est pas la même, c’est le moindre qu’on puisse dire. Que le consensus pro-nucléaire en France soit assez large, on savait cela. Que l’opinion publique allemande pousse les partis politiques à sortir progressivement de cette énergie n’est pas vraiment une surprise non plus, mais l’efficacité du vote a été immédiate. La démocratie d’opinion a parlé ! Même la chancelière prévoit désormais une politique de sortie du nucléaire.

France et Allemagne peuvent faire des choix différents, cela va sans dire. Deux problèmes se posent néanmoins : pour les Allemands, qui ne veulent plus courir le risque de faire face à un accident nucléaire, il sera difficile de supporter la proximité géographique des centrales françaises : Cattenom est à moins de 30 km de la frontière allemande, Fessenheim à moins de 5 km. Un changement de politique énergétique devra donc faire partie du dialogue franco-allemand, et possiblement européen un jour. Il s’agit là d’une menace que ressent la population et qu’il faudra prendre au sérieux, même pour les plus pro-nucléaires des responsables français.

Mais il y a aussi un autre problème. L’Allemagne va se voir confronter à une énergie plus chère, et va par conséquent pousser fortement la recherche et le développement des énergies renouvelables. D’ici 2022 (si le « consensus atomique » de sortir du nucléaire est à nouveau appliqué par les prochains gouvernements allemands), les progrès en matière d’efficacité énergétique et les développements dans les énergies solaire, éolienne, géothermique, hydraulique et autres seront considérables. Tout le monde sait que la seule véritable motivation pour les développer est liée à la question si des alternatives moins chères existent ou pas. L’énergie nucléaire, abondante et bon marché, empêche de réfléchir aux alternatives.

Il est donc à prévoir que l’Allemagne prendra le leadership dans les technologies des énergies renouvelables. Ce qui est bien pour les Allemands sera mauvais pour les Français, car l’avance technologique sera ensuite difficile à rattraper. Le nucléaire déclinera nécessairement, et la France aura raté le train des substitutions. A moins qu’en 2022, ITER signera l’émergence d’une énergie nucléaire nouvelle génération, sans uranium et toujours bon marché? Possible, mais le problème de la sécurité des installations et des déchets radioactifs ne devrait pas être résolu pour autant…

Reste l’idée de construire une véritable politique industrielle européenne, et de bâtir un concept commun dans le domaine des énergies renouvelables. Une politique annoncée dans le traité de Lisbonne mais remplie avec peu d’actions visibles pour l’instant.

29 mars, 2011 à 13:12 | Commentaires (0) | Permalien


La droite française est obsédée par l’Allemagne

Convergence fiscale, dopage des exportations, dynamisme des PMEs, réduction des prélèvements obligatoires, réduction des déficits publics : dans bien de domaines, la droite française se réfère au modèle allemand, meilleur selon elle, sur le plan économique. Alors que Nicolas Sarkozy ne porte pas l’Allemagne dans son cœur (il a souligné dans le passé la supériorité morale de la France), il considère aujourd’hui, après 4 ans au pouvoir, qu’il faut tout faire pour lui ressembler. Si la France fait tout comme l’Allemagne, elle aura enfin une bonne santé économique. Pour cela, la France est prête à accepter toutes les conditions allemandes (Pacte de convergence et de compétitivité) et assiste à une « merkelisation de l’Europe ».

Prend-t-il le bon chemin ?

Prenons les sujets les uns après les autres :

1. Convergence fiscale : La fiscalité allemande, est-elle plus favorable (et à qui ?) que la française ? La fiscalité des personnes physiques ne diffère pas beaucoup : taux marginal le plus élevé de 45% (40% en France) on ne peut pas vraiment dire que les riches soient traités très différemment dans les deux pays, leurs revenus sont plutôt plus taxés en Allemagne. Pour une analyse détaillée, il faudrait bien sûr intégrer la CSG et le poids des prélèvements sociaux, mais les différences sont modestes. Quant aux entreprises, avec un IS de 33,3% en France et (29,8%+5,5% d’impôt de solidarité pour l’Est du pays, donc un ensemble) de 35,3% en Allemagne, difficile de prétendre que la politique fiscale soit d’une nature très différente. Une convergence ne changerait très probablement pas grande chose, à moins qu’on considère que la convergence en soi est l’objectif recherché.

2. Déficits publics : Des excédents budgétaires en Allemagne ont été réalisés en 2007 et en 2008, et sont clairement liés à deux choses : augmentation de la TVA (désormais 19% en Allemagne contre 19,6% en France) et les bonnes performances des entreprises (et donc une plus grande contribution aux finances publiques). En effet, les marges des entreprises allemandes sont depuis longtemps supérieures aux françaises, et pas seulement depuis que les salaires allemands sont en berne. Ce qui nous amène au dernier point, qui est à mon avis le plus important :

3. Compétitivité des entreprises : C’est sûr que les PMEs allemandes apportent une technologie, un savoir-faire et une qualité apparemment très recherchée dans les pays émergents (et ailleurs). La modération salariale des dernières années a contribué à ce que ces produits exportés ne soient plus hors de prix, comme ils étaient autrefois. Mais c’est surtout la spécialisation de ces entreprises qui en font des stars de l’export ! Elles sont en général spécialisées dans le B2B (Business to business, donc pas pour le client final), appartiennent majoritairement à des familles qui privilégient une rentabilité à long terme, et pratiquent souvent un management participatif. D’ailleurs, le management est en général extérieur à la famille, ce qui évite le style management paternaliste. Il existe environ 1.500 entreprises allemandes qui sont des leaders mondiaux dans leur domaine (cela signifie qu’ils sont parmi les 3 premiers producteurs mondiaux), et 1.350 sont des PMEs.

Vous l’aurez compris, je suis de l’avis que c’est la structure industrielle qui est déterminante dans la bonne performance allemande. La fiscalité, les prélèvements obligatoires, les déficits publics : ce ne sont que des symptômes. On peut converger comme on veut avec l’Allemagne, il faudrait d’abord soigner l’industrie française : et tout d’abord en frappant un grand coup dans le domaine de la recherche et du développement. Les produits sont conçus à partir d’un processus d’innovation, et les pouvoirs publics devraient agir à ce niveau là plutôt que d’essayer de dynamiser les exports. Pour exporter, il faut avoir de bons produits ! Puis, il faut favoriser le capitalisme familial, au détriment du capitalisme financier, fiscalement et juridiquement.

Pour conclure, on peut dire que le succès allemand est davantage basé sur la conception weberienne (1) du capitalisme que sur une fiscalité ou une politique budgétaire favorable. Une conception qui favorise le long terme et le recherche de la qualité à tout prix, même élevé.

(1) L’ÉTHIQUE PROTESTANTE ET L’ESPRIT DU CAPITALISME, livre de Max Weber

24 février, 2011 à 17:32 | Commentaires (0) | Permalien


« Les Allemands se sentent toujours inférieurs »

Ce n’est pas moi qui le dit, mais un autre Allemand vivant en France, l’artiste et plasticien Anselm Kiefer, titulaire de la chaire de création artistique au Collège de France, dans une interview parue dans Le Monde du 7/8 Janvier 2011.

Anselm Kiefer est un bon représentant des Allemands nés à la fin de la guerre, qui voient leur existence entière reliée à une guerre et à un génocide sans précédents. Un pessimisme profond sous-tend toute leur existence, que Kiefer lui-même n’appelle même pas pessimisme mais désespoir. Il déclare ne voir pas de sens à la vie. C’est en effet l’aboutissement, peut-être extrême, d’une empathie pour ceux qui ont souffert de cette guerre et ce génocide. Il faut souligner que cette attitude n’est pas rare.

Mais est-ce que Kiefer a raison de dire que les Allemands se sentent toujours inférieurs ? De son point de vue, oui, car un Allemand ne peut pas se définir autrement qu’en étant le fils ou la fille de ceux qui ont commis les pires crimes de l’histoire. Evidemment, tous les Allemands ne se sentent pas coupables, et le premier d’entre eux à l’avoir publiquement déclaré est Helmut Kohl, en 1984, qui plus est, dans un discours à la Knesset en Israël. Il a précisément dit : « Je parle devant vous comme quelqu’un qui, en raison de la grâce d’une naissance trop tardive, ne peut pas être tenu de coupable du nazisme. » Il faut préciser ici que Kohl est né en 1930, et qu’il a donc pu vivre le nazisme avec une certaine conscience, même s’il n’a pas participé à la guerre.

Mais il ne se sent ni coupable, ni, visiblement, inférieur. Tout de moins c’est ce qu’il déclare, sans doute aussi dans un objectif d’affirmation politique. Pourquoi alors Anselm Kiefer ressent-il que les Allemands se sentent inférieurs ? Ne veut-il pas surtout parler du milieu artistique ou intellectuel, souvent gauchisant, qui déteste le nationalisme ?

La réponse est peut-être dans ce qu’il dit lui-même : « Les Allemands cherchent à compenser ». Alors, à la sortie de la guerre, il y a eu deux sortes d’attitude : celle de ceux qui étaient atterrés, et ne voyaient plus de sens à la vie. Et ceux qui ont essayé de compenser, en travaillant dur, en créant des richesses, en voulant être bon élève sur tous les plans, et en avançant sans se retourner vers le passé. Les deux expriment un sentiment d’infériorité, même si la façon de réagir n’est pas la même.

Et ici se trouve peut-être l’explication de succès économique d’après-guerre de l’Allemagne. N’essaie-t-on pas toujours de faire mieux quand on se sent inférieur ? C’est en tout cas souvent une façon de réagir pour les personnes présentant un défaut physique que de s’accrocher pour montrer qu’on est capable malgré tout.

En France, plutôt que d’avoir les yeux rivés sur l’éternel rival, il faudrait peut-être voir les choses avec plus de recul, et dire que la puissance économique voisine est le résultat d’une nécessité de ré-affirmation. Cela ne dispense pas de faire un effort soi-même, mais l’histoire des deux pays, même si elle est étroitement liée, a souvent divergé, et peut expliquer des attitudes très opposées.

12 janvier, 2011 à 11:38 | Commentaires (0) | Permalien


Le socialisme français plus en forme que la social-démocratie allemande

Comment ça ? Il y a erreur sur le titre ? Non, je pense effectivement que, huit ans après le dernier gouvernement socialiste en France, et six mois après les dernières élections régionales, qui ont confirmé un ancrage local massif du Parti Socialiste, on peut affirmer que la gauche française est mieux préparée pour les prochaines échéances électorales que la gauche allemande.

L’annus horribilis du PS français, 2002, avec l’éviction du 2nd tour de l’élection présidentielle, a été suivi d’une longue période de reconstruction. Le parti était honni, déchiré, moqué. Le congrès de Reims de 2008 avec ses affrontements violents cachait pourtant une réalité qui apparaît aujourd’hui au grand jour : le pouvoir local est fermement détenu par des élus de gauche, et l’électorat est prêt à revenir. Certes, la ligne du parti est souvent brouillonne, les courants et les tendances passent leur temps à se contredire, et l’homme ou la femme providentiel(le) se fait attendre. Les primaires ouvertes donneront peut-être un élan à cette recherche de la perle rare. Certainement, tout n’est pas pour le mieux.

Mais en Allemagne, les perspectives pour le SPD sont bien plus sombres. Gerhard Schröder a dissout le Bundestag en 2005 parce qu’il pensait ne plus pouvoir gouverner efficacement, étant donné que la 2nde chambre (le Bundesrat) bloquait chacune de ses réformes. La grande coalition (entre 2005 et 2009), avec une CDU dans le rôle principal, et le SPD comme partenaire d’appoint, a, de l’avis de tous, durablement abîmé le profil du SPD. Le parti a depuis beaucoup de difficultés à établir une ligne entre les chrétiens-démocrates, les Verts et Die Linke.

Les Verts pourraient aujourd’hui dépasser le SPD en cas d’élections législatives. Certains parlent déjà d’un possible chancelier Jürgen Trittin (ministre vert de l’Ecologie sous Schröder). A Berlin, le populaire maire SPD Klaus Wowereit perdrait aujourd’hui face à la candidate verte déclarée Renate Künast – les élections à Berlin auront lieu en Septembre 2011. Avant cela, en Mars prochain, les Verts pourraient pour la première fois dans l’histoire de la République fédérale gagner une région – le Bade-Wurtemberg, bastion industriel chrétien-démocrate.

Die Linke, extrême-gauche allemande née depuis la réunification, avait déjà réussi à convaincre à gauche du SPD, tout en rendant difficile une coalition SPD-Linke en raison d’idéologies marxistes encore relativement affirmées.

Quant à la CDU, elle prend également de l’eau, mais elle a, contrairement au SPD, un atout : la chancelière. Celle-ci reste populaire, et cela en raison de sa personnalité plus que de sa politique.

Et voici la grande différence avec la France : le président français fait désormais l’unanimité contre lui, y compris dans son propre camp politique. Sa popularité a duré un été, celui de la libération des infirmières bulgares, pour ensuite s’effondrer durablement.

La chancelière reste une femme respectée malgré les multiples erreurs qu’elle a commises, notamment lors de la gestion de la crise financière et économique. Mais l’opposition social-démocrate n’a de toute façon pas su démontrer une cohérence dans sa riposte : l’abstention du SPD au Bundestag quand il fallait voter une aide d’urgence pour la Grèce n’a convaincu ni les électeurs, ni les économistes, et encore moins les partenaires européens.

En France, le PS a encore un chemin à parcourir, et un projet à bâtir. Il paraît cependant évident que l’opposition à Nicolas Sarkozy se trouve chez les socialistes, et nulle part ailleurs. En Allemagne, l’opposition sociale-démocrate commence tout juste sa période de reconstruction. Nous ne savons pas encore si le SPD saura se maintenir comme seule voie alternative.

28 novembre, 2010 à 18:20 | Commentaires (0) | Permalien


Le « Multi-Kulti » aurait donc échoué…

Angela Merkel a marqué les esprits en parlant de l’échec sans appel de l’idéologie du multi-culturalisme à l’allemande. En fait, le « Multi-Kulti » était un concept mis en avant par la municipalité de Francfort en 1989, le conseiller municipal chargé de ce secteur étant un certain Daniel Cohn-Bendit. C’était effectivement un concept post-68, qui se voulait une première ébauche de l’immigration-intégration. Il s’agissait d’un contre-modèle au fameux « melting-pot » à l’américaine qui, lui, était un exemple d’assimilation des étrangers. Le Multi-Kulti était contre l’assimilation, il prônait un voisinage harmonieux des différentes cultures, religions, langues et coutumes.

Il y a ensuite eu le 11 septembre 2001 qui a introduit une nouvelle donne. Mais c’est surtout un évènement en Hollande (et non en Allemagne) qui a retourné les esprits : l’assassinat en 2004 du metteur en scène Theo van Gogh par un islamiste d’origine marocaine, immigré de seconde génération. Il démontrait que, désormais, la liberté d’opinion pouvait être menacée dans le monde occidental par des immigrants. Quelques autres évènements comme les caricatures danoises en 2005 ont renforcé un sentiment d’affrontement Occident – Islam. L’opinion allemande a compris que ses valeurs fondamentales n’étaient pas forcement les mêmes dans les autres cultures.

Et puis récemment, le débat est devenu plus politique. La gauche étant traditionnellement plus ouverte aux immigrés, elle a été frappée dans sa chaire par la publication du livre « L’Allemagne s’abolit » d’un ancien ministre régional social-démocrate, Thilo Sarrazin. Ce dernier était depuis des années un coutumier de la provocation, surtout quand il critiquait la non-assimilation des Turcs de Berlin dans des termes aux consonantes racistes. Le plus embarrassant pour le SPD, ce n’était toutefois pas Thilo Sarrazin (qui a été exclu du parti), mais l’avalanche de messages, lettres et e-mails qu’a reçu le siège du parti des adhérents du parti prenant la défense des thèses de Sarrazin.

La droite allemande était obligée de réagir. La première réaction de la chancelière était très « femme d’Etat » : elle condamna les thèses de Sarrazin. Mais son camp ne se montrait pas solidaire de ce discours : petit à petit, des hommes politiques de droite prenaient la parole pour contredire leur patronne. Oui, les valeurs de ce pays sont judéo-chrétiennes, non, l’Allemagne n’a pas besoin d’immigrés venant de cultures très éloignées.

Le débat frôle aujourd’hui le racisme, et certaines personnalités politiques ont franchi la ligne jaune (le patron de la droite bavaroise par exemple, Horst Seehofer).

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer ce qu’a dit Angela Merkel à propos du multi-culturalisme. Elle voulait reprendre la main sur son parti et ses « valeurs conservatrices ». Le plus drôle est que tout ce tintamarre n’est qu’une posture visant à calmer l’électorat. Car, au même moment, le gouvernement a pris des initiatives de reconnaissance de diplômes étrangers, conscient des graves problèmes démographiques qu’attendent le pays. Le patronat allemand a d’ailleurs fait connaître sa musique différente, à savoir que les diplômés de cultures différentes étaient tout à fait bienvenus et même nécessaires au dynamisme de l’économie allemande : en dehors de la faible fécondité des Allemandes, le pays souffre désormais d’un solde migratoire négatif.

La conclusion dans ce débat est, pour moi, toujours la même : il y a eu des gagnants de la mondialisation, et les perdants. Le populisme (la sauce servie par certains partis politiques) s’adresse en priorité aux perdants. Le thème principal est : vous souffrez, et c’est la faute aux étrangers. Des petits partis politiques ont posé leurs jalons en Hollande, en Autriche, en Suède. Ce serait une véritable catastrophe si des grands partis de gouvernement prenaient cette voie sans issue.

21 octobre, 2010 à 12:41 | Commentaires (0) | Permalien


Y-aura-t-il une révolution verte en Allemagne ?

La décision est prise : les centrales nucléaires allemandes pourront continuer à fonctionner encore jusqu’à 14 ans au-delà de la date d’arrêt fixée (2022) par le chancelier Schröder, et confirmée par la chancelière Merkel quand elle gouvernait encore avec les sociaux-démocrates. Elle revient ainsi sur un accord qui avait été essentiel à la formation de la grande coalition en 2005. Désormais débarrassée des anti-nucléaires du SPD, Merkel peut assouplir cette contrainte de la disparition programmée de l’énergie bon marché.

Pourtant, l’ambition demeure. En 2050, selon des objectifs publiés ce mois-ci par le gouvernement même, l’énergie globale consommée sera issue à 50% des ressources régénératives (vent, soleil, biomasse), contre 9% actuellement. Quant à l’électricité, elle proviendra à 81% des ressources régénératives, contre 16% actuellement. Les émissions à effet de serre doivent à cette date être inférieures à 85% par rapport à 1990. La quasi-disparition programmée du charbon y sera sans doute pour quelque chose.

Même si l’Allemagne fait aujourd’hui partie des plus grands producteurs d’énergie éolienne par exemple, le chemin pour arriver à ces objectifs paraît difficile, voire douloureux. Car les investissements nécessaires dans la production d’énergie alternative, ainsi que dans les mesures d’isolation des habitations vont peser massivement sur les finances publiques et sur les finances de chaque citoyen : Isoler une maison correctement coûte, selon l’état de celle-ci, entre 35 et 250€ par mètre carré. Les propriétaires immobiliers seront concernés, mais aussi les locataires, qui feront face à des hausses de loyers. Le prix de l’électricité prendra le chemin d’une augmentation qui se pourrait vertigineuse. Des résistances citoyennes se forment contre la construction d’ »autoroutes de l’électricité » censées transporter l’énergie éolienne produite dans le Mer du Nord vers le Sud du pays, car les populations craignent la dangerosité des installations.

Les problèmes qu’il faudra surmonter concernent donc les finances publiques, le pouvoir d’achat et le niveau de vie des populations, ainsi que les incertitudes sanitaires autour des nouvelles installations. S’y ajoutent bien sûr les craintes exprimées par l’industrie, qui dit ne pas pouvoir supporter des coûts liés à l’énergie supérieurs à ceux de la concurrence chinoise, par exemple. Il faudra beaucoup de conviction et de constance de la part des politiques qui défendront cette révolution verte. La réduction en France de la niche fiscale sur le photo-voltaïque le montre bien : d’autres priorités s’imposeront toujours face à un bien-être ultérieur et supposé.

Le gouvernement allemand annonce un monitoring triannuel pour vérifier que tout converge vers l’objectif. Cela semble assez sérieux, mais n’est pas une garantie pour le maintien des dispositifs. Comme le montre l’exemple français, face à un aléa conjoncturel, tout peux changer d’un jour à l’autre, et la révolution verte est susceptible d’être sacrifiée à chaque instant.

30 septembre, 2010 à 16:12 | Commentaires (0) | Permalien


Le plus grand souci des Allemands ?

Ce serait la dette de l’Etat ! C’est le magazine Stern qui établit régulièrement un « baromètre des soucis », qui nous fait la liste des épines dans les pieds allemands : 1) la dette de l’Etat (66% des Allemands), 2) la pérennité des retraites (60%), 3) la peur que les hommes et femmes politiques ne soient pas à la hauteur (56%), 4) la dégradation du pouvoir d’achat (47%), 5) le chômage (44%), 6) faire partie soi-même d’une mesure de licenciement (21%, donc distinct d’une peur générale concernant le chômage !), 7) être victime de violences (19%).

Ce genre de sondage est en effet tout à fait intéressant pour établir un profil psychologique d’une Nation, ou tout au moins un état d’esprit à un moment donné. Sans connaître un sondage comparable en France, je peux d’ores et déjà affirmer que la dette de l’Etat n’arriverait pas en haut de la liste ! La preuve est donc faite, avis à tous les économistes qui s’intéressent au franco-allemand, que la mentalité allemande exige la réduction des déficits et de la dette publique. Et qui dit mentalité veut dire que c’est l’électeur qui l’exige. Autrement dit, un parti (par exemple, le parti social-démocrate, dans l’opposition actuellement) qui souhaite revenir aux affaires doit impérativement prévoir une gestion budgétaire rigoureuse. Il est vrai qu’à partir de 2016, l’Etat allemand ne pourra quasiment plus s’endetter, et ce en raison d’un nouveau dispositif constitutionnel très restrictif, voté du temps de la grande coalition, donc par droite et gauche ensemble.

Il faut donc accepter que les mentalités influencent les politiques économiques, et que certains vertus ne sont pas vues comme telles dans d’autres pays. Les préceptes de la classe dirigeante prussienne peuvent être totalement contradictoires avec les désirs de beauté ou l’envie de savoir-vivre qui ont imprégné la bourgeoisie française et italienne au 19ème siècle. Ces contradictions sont l’essence même de l’Europe. Sans parler de l’histoire mouvementée du 20ème siècle qui a instillé une peur obsessionnelle des Allemands pour l’inflation. Le problème est simplement que dans une Europe économique, un modèle puisse être considéré supérieur aux autres, ou une mentalité meilleure qu’une autre. Les conflits sont dans ce cas-là inévitables. Alors, il faudrait peut-être se garder de juger son voisin…

Pour revenir à notre sondage : la peur que les hommes et femmes politiques ne soient pas à la hauteur est certainement justifiée ! En Allemagne, les critiques contre la coalition « du chaos » entre Merkel et ses alliés (néo-)libéraux sont virulentes. En France, cette peur-là pourrait figurer en première place : des politiques qui nagent dans les eaux des ultra-riches, qui démentent (et mentent) ensuite, et qui osent exiger du sang et des larmes de la part de leurs concitoyens, ces politiques-là ne sont effectivement pas du tout à la hauteur !

3 septembre, 2010 à 9:52 | Commentaires (0) | Permalien


Nous sommes tous Grecs et Allemands !

La Grèce et l’Allemagne sont les deux visages d’une même Europe : différentes sur le plan culturel, antinomiques sur le plan économique, éloignées sur le plan géographique, elles n’en demeurent pas moins deux piliers de l’identité européenne. Il se trouve que je suis grecque-allemande, vivant en France, et que cette dialectique, ressentie par moi depuis toujours, est sortie au grand jour aujourd’hui. Les « spreads » entre les taux d’emprunt que paie l’Etat grec par rapport à l’Etat allemand sont censés exprimer justement cet abîme culturel.

Etre grec et allemand (je ne suis pas la seule dans ce cas, il y en a plein qui vivent dans les deux pays, plus rarement dans un pays tiers) est un peu difficile ces temps-ci. On peut dire sans ambages que l’Allemagne est malvenue en Grèce, en vue de la responsabilité qu’elle porte dans le difficile sauvetage financier qui aurait pu se passer de façon plus solidaire et sans faire appel au pompier mondial qu’est le FMI. On peut aussi dire que la Grèce souffre d’une mauvaise image en Allemagne, car son sauvetage financier a été suivi d’un plan d’économies budgétaires assez drastique en Allemagne, et que la question suivante a été soulevée : est-ce normal que les chômeurs allemands de longue durée perdent leur allocation-chauffage pendant que notre Etat aide les citoyens grecs ?

Ma réponse à cette question rhétorique sera oui. Je suis grecque et allemande, et la raison pour laquelle je le suis est que mon père, allemand, a dû fuir l’Allemagne avec sa famille en 1933. Après un périple en Méditerranée, sa famille s’est installée en Grèce, espérant échapper à l’emprise des nazis. C’était une erreur, puisque l’armée allemande a envahi la Grèce en 1941, à la recherche d’un élargissement de son « Lebensraum », à la recherche des juifs et de résistants grecs, et, accessoirement, à la recherche d’Allemands suspects car ayant quitté leur patrie. La famille de mon père s’en est sortie en se cachant chez des nonnes catholiques, et mon père a pu grandir dans ce pays et épouser une Grecque, ma mère.

Cette identité me donne, je crois, le droit de dire aujourd’hui que l’Allemagne se doit de se souvenir de la raison pour laquelle l’Europe a cru nécessaire de se rassembler : c’était pour unifier un destin commun, pour développer une identité européenne, mais c’était aussi pour garder l’Allemagne dans un cadre surveillé, pour être rassemblé au cas où le mauvais génie allemand se réveille à nouveau.

Les Allemands ont tendance à dire : oui, c’est vrai, mais c’était il y a tellement longtemps ! Comment peut-on encore utiliser l’argument de la 2ème Guerre mondiale ? Je pense qu’on peut et qu’on doit le faire. Non pas pour montrer du doigt une Nation, mais parce que cette terrible guerre était justement un élément fondateur de l’Union Européenne, et sa cause la plus profonde. L’Union Européenne n’est pas un club de pays riches, un genre d’OCDE ou de G20, c’est une communauté de destins, et n’avons-nous pas aussi élargi l’Europe à des pays géographiquement assez périphériques qui souhaitent faire partie de ce destin !

L’abîme culturel entre la Grèce et l’Allemagne s’est beaucoup moins vu ces dernières années, car le PIB par habitant s’était rapproché, et le style de vie, mondialisation et enseignes internationales aidant, était assez proche. La richesse, cela aide même pour combler les différences de point de vue. L’appauvrissement généralisé qui va affecter les Grecs, mais aussi les Allemands, risque de nous éloigner à nouveau les uns des autres. L’identité européenne pâtira, cela est inévitable, des crises sociale et sociétale qui sont loin d’être derrière nous. Dans ce contexte, les symboles et les liens culturels doivent être sauvegardés, car la survie de l’identité européenne en dépend.

28 juin, 2010 à 8:28 | Commentaires (2) | Permalien


L’image de l’Allemagne se dégrade sérieusement

Depuis le début de la grande crise, il y a près de 2 ans, une nouvelle donne en Europe perturbe les relations entre les nations : le comportement peu solidaire de l’Allemagne.

La crise grecque a cristallisé une tendance qui était déjà de plus en plus visible. En réalité, on peut dire que tout a commencé à la réunification allemande. L’Allemagne s’opposait pour la première fois au consensus des Nations victorieuses de la 2nde Guerre Mondiale en imposant l’unité de tous les Allemands, coûte que coûte.

Le succès des entreprises allemandes en Europe de l’Est était une suite logique, et les Allemands ont gagné en confiance. Après l’euphorie de la réunification, c’était l’euphorie de la conquête, non pas de l’Ouest, mais de l’Est. Le pays connût des difficultés, mais se redressa spectaculairement, quinze ans après la réunification.

Aujourd’hui, les Allemands sont fiers. Fiers, mais inquiets. Inquiets des mauvaises surprises que leur réservent leurs voisins et amis : Ceux-là ont été moins travailleurs, moins efficaces, moins économes. Et tout d’un coup, l’Allemagne prône ses valeurs, rigidité (d’esprit), discipline (budgétaire) et expansionnisme (économique) comme les seuls possibles. Sentiment de supériorité vis-à-vis du reste du monde ?

La crise grecque fût, bien sûr, le point culminant de ce nouveau chemin anti-européen du gouvernement Merkel. Mais ne nous y trompons pas : la gauche allemande n’a pas non plus brillé par son esprit de solidarité. La gauche radicale (Die Linke) a, tout comme le PC en France, voté contre l’aide à la Grèce car cette aide est liée à un plan d’austérité sans précédent. Quant aux sociaux-démocrates, en dehors de quatre députés courageux, il y a eu abstention, argumentée par le fait que l’aide à la Grèce aurait dû aussi être fournie par les banques, et non seulement par l’Etat. Vu l’urgence de la chose, ce vœu formulé est resté de la simple rhétorique.

En France, on a toujours été très prudents, et plutôt enclins à ne jamais formuler des critiques vis-à-vis de l’Allemagne. C’est désormais fini. Les mots « diktat », « arrogance », « égoïsme » reviennent sans cesse dans la bouche des analystes.

Les politiques restent encore dans un langage feutré, mais l’article de Christine Lagarde dans le Financial Times critiquant clairement les orientations de politique économique de Berlin, a fait sensation. Il est maintenant de bon ton de voir notre voisin d’un regard distancié.

Et les Allemands, que pensent-ils de ce changement d’humeur au sein de l’Europe ? Ils n’ont probablement pas encore pris conscience que le chemin vers lequel ils s’engagent, celui d’un certain populisme matérialiste, les fera retomber bien bas dans l’échelle des valeurs européennes. Quant aux Allemands qui ont prévu de passer des vacances en Grèce cet été, je leur souhaite bon courage et une peau épaisse. Les mots qu’ils entendront de la part de leurs hôtes ne seront pas tendres.

26 mai, 2010 à 23:12 | Commentaires (2) | Permalien


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