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La méthode Merkel mise à mal

A l’occasion de ses 10 ans à la tête de son parti chrétien-démocrate, les articles pullulent sur le fabuleux destin d’Angela Merkel. Et comme Helmut Kohl fête ces jours-ci ses 80 ans, lesdits articles aiment comparer les styles de ces deux personnalités de droite.

La carrière d’Angela Merkel a commencé avec l’assassinat symbolique de son père spirituel, sous la forme d’un article dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung publié en 1999, où elle prend sa distance avec le chancelier de l’unité allemande, et demande à son parti de trouver sa propre voie. C’était certainement son acte politique le plus courageux.

Depuis, elle a prise les rênes de ce parti, a laissé perdre un rival aux élections législatives en 2002, et a profite de ces élections pour devenir chef de l’opposition parlementaire. Elle est élue chancelière en 2005 et se voit confirmée à ce poste en 2009. Son ascension s’est passée sans encombre. Contrairement à Helmut Kohl qui luttait à ses débuts contre son grand rival Franz-Josef Strauss, et a perdu une élection en 1976 avant d’accéder au pouvoir par une motion de censure.

Angela Merkel a une méthode inédite dans la politique allemande, et, au risque d’être un peu sexiste, le fait qu’elle soit une femme, et donc peut-être moins attirée par la bagarre, y est certainement pour quelque chose.

Depuis le début de son second mandat cependant, cette méthode est mise à rude épreuve. Sa façon consensuelle, son attentisme, ainsi que son ubiquité en matière idéologique ont montré leurs limites : quand les temps sont dures, une grande puissance comme l’est l’Allemagne se doit de prendre des positions fortes.

A la surprise générale, Merkel a prise récemment une position forte, alors que personne ne s’y attendait: c’était pour renvoyer dans leurs cordes ceux qui souhaitaient ficeler un plan européen de sauvetage de la Grèce. Le fait qu’elle ait justement choisi cette affaire pour s’affirmer, sur le plan international mais encore plus sur le plan national, montre finalement une chose : chez elle, les circonstances ont valeur d’idéologie. Elle estimait sortir gagnante d’un bras de fer européen, elle l’a donc engagé ; non pas parce qu’elle combat viscéralement l’aide mutuelle au sein de l’Union Européenne. Mais parce qu’elle sentait que l’opinion allemande serait derrière elle.

Tout compte fait, Merkel et Sarkozy ont un point commun : l’absence totale de vision. Merkel est peut-être un peu plus cohérente dans ces choix, et plus fidèle à ses idées libérales, mais elle n’a guère de dessein concernant les relations entre les nations. Comme Sarkozy, elle serait capable de soutenir tout et son contraire en matière de relations internationales. Tous deux naviguent actuellement à vue.

La méthode Merkel est bonne pour arriver au pouvoir, elle est peut-être même bonne pour s’y maintenir. Elle n’est certainement pas bonne pour arriver à changer les choses, et par conséquent, tout le monde se posera la question, au bout des huit années Merkel (peut-être douze) : en quoi a-t-elle fait avancer le pays ?

 

13 avril, 2010 à 16:29 | Commentaires (1) | Permalien


Le grand déballage

Plusieurs scandales d’abus sexuels sur des mineurs ébranlent en ce moment l’Allemagne. Ce qui frappe est que deux types d’institutions sont particulièrement touchées : l’église, ses prêtres et ses écoles, chœurs d’enfants, etc. d’un côté. Puis, quelques établissements scolaires de type « libéral », qu’on appelle aussi « de pédagogie réformée » en Allemagne, et ce qu’on appellerait probablement en France « baba-cool », de l’autre côté.

Deux types d’éducation sont donc mis en cause : la religieuse, qui est en général l’incarnation de la discipline et du renoncement. Et la libertaire, qui prône, depuis 1968, une relation de-hiérarchisée, et donc décomplexée entre adultes et enfants.  Comment alors comprendre ce qui s’est passé ?

Les raccourcis ont d’ailleurs vite été fait : l’ultra-conservateur évêque d’Augsburg Walter Mixa, qui a souvent défrayé la chronique avec des prises de position anachroniques, a tout de suite avancé le « pourrissement libertaire » du mouvement de 1968 pour expliquer les abus sexuels au sein de l’église. Ce serait donc la dégénérescence de la société après cette date symbolique qui aurait laissé croire aux prêtres abuseurs que tout était permis.

L’église catholique allemande a commencé à réagir en nommant un évêque chargé du scandale des abus sexuels. Cet évêque doit avant tout comprendre pour quelles raisons ces affaires avaient été aussi bien dissimulées par les hiérarchies ecclésiastiques (y compris par le cardinal Ratzinger lui-même, devenu Benoît XVI depuis). Une hotline a été mise en place pour recueillir les témoignages des victimes, et il est question de dédommagements financiers. Les autorités insistent cependant sur le caractère individuel des abus, et ne questionnent nullement le fonctionnement hiérarchique de l’institution Eglise. L’attitude reste défensive, et nul ne s’attaque au fond du problème, à savoir quelles sont les raisons pour lesquelles des prêtres tombent dans la délinquance sexuelle.

De l’autre côté du spectre, les pédagogues des années 70 et 80 qui avaient développé des laboratoires de la société idéale dans quelques écoles, souvent des internats, ne sont pas tellement plus repentants, et continuent à défendre leurs visions. Daniel Cohn-Bendit, qui était interne dans une de ces écoles actuellement incriminées (Odenwaldschule, dont la principale caractéristique est que professeur et élèves vivent ensemble dans une « famille »), le reconnaît : des erreurs ont été commises dans l’enthousiasme libertaire.  La sexualité des enfants et des adolescents doit être protégée des adultes, qui ont, eux, tous les pouvoirs (l’argent, la force physique, le droit de décider et de disposer).  Selon lui, la gauche a trop cru que « l’homme est bon ». Un peu comme l’église ?

En Allemagne, comme ailleurs, ces affaires ont été connues depuis les années 90, et plus ou moins dissimulées, avec peu de plaintes déposées. La société actuelle est beaucoup plus regardante sur le comportement irréprochable des personnes d’autorité. Pour une fois, c’est plutôt une bonne évolution, même s’il faut rester, là aussi, vigilants sur les excès possibles.

 

18 mars, 2010 à 19:26 | Commentaires (0) | Permalien


Le conflit Nord-Sud au sein de l’Europe

La scission qui est en train de s’opérer en Europe est peut-être plus grave qu’on ne le pense. Le clan nordique se trouve confronté au Club Med, et considère que les problèmes de la zone Euro proviennent essentiellement de ce dernier. Ce sont le vertueux contre les vicieux. Les travailleurs contre les cochons (les PIGS= Portugal, Irlande, Greece, Spain, mais beaucoup pensent que l’Italie y a également toute sa place).

Cette fracture porte même un caractère tout à fait officiel : La Banque Centrale Européenne préfère avoir un président nordique (le premier fût l’Hollandais Wim Duisenberg), tandis que le Français Jean-Paul Trichet a été accepté par l’Allemagne avec beaucoup de réticences. Son comportement à la tête de la BCE a cependant été tout à fait « nordique ». Le prochain président sera vraisemblablement Allemand (Axel Weber), et, de toute façon, quand il y a un président « nordique », le vice-président doit être « sudiste ». La différenciation est donc admise par tout le monde.

Les vertueux considèrent avoir raison, quant aux vicieux, ils sont un peu honteux. La discipline budgétaire, la diminution du secteur public, la participation à une forte stabilité de la monnaie, toutes ces conditions sont considérées comme indispensables pour faire partie de la famille des vertueux.

Le problème est que l’Europe est constituée des deux éléments : les pays qui prônent toutes ces vertus, ainsi que les pays qui n’ont pas cette tradition, et qui avançaient dans le passé avec des salaires et des monnaies faibles.

Les Allemands ont considéré tout au long des adhésions successives (Grèce en 1981, Espagne et Portugal en 1986, pays de l’Est européen en 2004) qu’il était de leur responsabilité historique de contribuer fortement à une Europe unifiée et pacifiée. Notamment l’accès des anciens pays communistes de l’Est a été accueilli avec enthousiasme par les responsables politiques allemands, et, dans une moindre mesure certes, mais tout de même aussi, par l’opinion publique. Quant aux pays du « Club Med », ils étaient considérés comme un boulet, qu’il fallait mener vers le droit chemin. C’est uniquement à la condition de donner le ton de la politique monétaire que l’Allemagne a renoncé au Deutschmark au profit de l’Euro.

Nous sommes arrivés aux limites de l’exercice qui était finalement une conséquence de la culpabilité historique ressentie par les politiques allemands. L’Allemagne tape sur la table, et revendique que les mauvais élèves se rangent derrière elle. En tant que première puissance économique européenne, elle s’en sent responsable. Cette attitude n’est pas très bien vue, ni en Grèce ni en Espagne par exemple. L’attitude « hégémonique » de cette Allemagne sûre d’elle est dénoncée dans ces pays.

L’issue de cette crise sera fondamentale pour l’avenir politique de l’Union Européenne. Les moutons noirs ne blanchissent pas du jour au lendemain. Parviendrons-nous à une Europe de moutons blancs comme le semblent souhaiter les institutions européennes, et est-ce que ce sera au prix d’une désaffection des populations à l’idée européenne ?

16 février, 2010 à 12:20 | Commentaires (0) | Permalien


La fichue question fiscale

Depuis l’accession au pouvoir  de la coalition chrétienne-libérale en Allemagne, le débat fiscal fait rage. L’opposition social-démocrate s’y est mise aussi bien sûr, et tous essaient de répondre à cette question : Comment faire de sorte que la fiscalité soit équitable, ne pénalise pas l’activité économique, et soit suffisante pour éviter des déficits publics trop importants ?

A priori, personne n’est de mauvaise foi dans ce débat. Ce qui veut dire : tous souhaitent un budget étatique équilibré, une activité économique florissante et une population prête à supporter une certaine pression fiscale.

Le débat se déroule dans les détails, à savoir qui précisément devra supporter plus de pression fiscale et qui doit impérativement être allégé.

Le nouveau gouvernement vient d’augmenter le seuil d’imposition, au-dessous duquel le foyer n’est pas imposé. Aujourd’hui, 15 millions des 50 millions foyers fiscaux allemands ne paient pas d’impôts sur le revenu, ce qui est proportionnellement moins qu’en France. Mais cela incite le journal Die Zeit (centre gauche) à se poser sérieusement la question si tous ces exemptés ne perdent pas petit à petit le sens du devoir collectif. L’article s’appelle « Recevoir sans donner ».  Il exprime l’idée qu’une très grande partie des Allemands n’ont plus de revenus suffisants pour être capable de participer à l’effort commun. Cet état de chose n’est pas bon pour la collectivité.

Les mutations de la société industrielle ont favorisé une grande disparité des salaires. Ce qui veut dire que d’une part, il y a tous les petits salariés du secteur tertiaire, de l’autre, des salaires importants d’une infime minorité. Les « salaires industriels », d’un niveau correct dans l’Allemagne des années 70/80, ont eu tendance à disparaître.

L’imposition directe concerne donc de moins en moins de personnes. En revanche, les chrétiens-démocrates avaient, en 2005, sous la grande coalition, augmenté l’imposition indirecte, c’est-à-dire la TVA. Dénoncé naguère par les sociaux-démocrates comme l’impôt le plus injuste, ceux-ci avaient été obligés de se rallier à cette mesure.

Dans la nouvelle constellation de pouvoir (avec les libéraux, et non plus les sociaux-démocrates), il est question de baisses d’impôt, et cette fois-ci, en faveur de la classe moyenne et des petits entrepreneurs. Angela Merkel, et encore plus son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, sont très prudents, car ils craignent l’impossibilité de boucler des futurs budgets. Rappelons que l’Allemagne s’est dotée d’un « frein à l’endettement » constitutionnel qui ne pourra, à partir de 2011, être ignoré qu’en cas de situation extrême.

Alors, que faire ? Qu’on soit d’inclination de gauche ou de droite, les objectifs sont les mêmes, mais pas les moyens d’y parvenir. Pour forcer le trait, à gauche, ce serait plutôt : Salaires élevés, imposition élevée. A droite, ce serait : Salaires bas, imposition basse.

 C’est la deuxième de ces voies qui s’est imposée depuis les années 90. Le risque ? La perte pure et simple du collectif dans notre société.

14 janvier, 2010 à 14:32 | Commentaires (0) | Permalien


Quelle stratégie allemande en Afghanistan ?

L’Allemagne doit sa libération du joug nazi aux Alliés de la Seconde Guerre Mondiale. Elle est membre de l’OTAN depuis 1955. La raison d’être de l’armée allemande était pendant longtemps la seule défense de son propre territoire. Elle ne participait donc pas aux différentes missions de l’OTAN, étant elle-même plutôt un objet qu’un acteur dans le jeu de la guerre froide : les armements les plus destructeurs étaient placés dans les deux moitiés allemandes, prêts à être actionnés en cas d’affrontement américano-soviétique. En revanche, l’Allemagne a toujours été un gros contributeur financier, à savoir le 2ème derrière les USA (et donc devant les puissances nucléaires Grande-Bretagne et France). 

Puis, il y a eu la chute du mur de Berlin et la réunification allemande. Ces évènements ont précipité la « normalisation » militaire du pays. Depuis 1999 l’Allemagne envoie des troupes à l’étranger (c’était au Kosovo). L’envoi en 2002 de troupes en Afghanistan dans le cadre de la mission ISAF de l’OTAN a été décidé par le chancelier Schröder et entériné depuis, à des multiples reprises, par le Parlement. 

Le Bundestag vient donc de décider, pour la huitième fois, le prolongement de cette mission. La présence allemande (4500 hommes) est acceptée par tous les partis politiques sauf la gauche radicale (Die Linke). Le problème est que les partis ne sont pas d’accord entre eux sur la stratégie de sortie : Tandis que la chancelière avait réussi à afficher une unité de vue avec les sociaux-démocrates pendant la grande coalition (une sortie de l’Afghanistan qui débuterait en 2013), elle peine à trouver une stratégie commune avec son nouveaux partenaire de coalition, les libéraux (FDP). En plus, elle a Barack Obama sur le dos qui lui demande l’envoi de troupes supplémentaires. 

Pour ajouter à la confusion, il faut dire que la présence de l’armée allemande à l’étranger est singulièrement impopulaire dans l’opinion publique. Quelque soit le conflit ou lieu dans le monde, les Allemands ne trouvent jamais justifié de mettre en danger la vie des soldats allemands. Est-ce un pacifisme teinté de nationalisme ou alors un refus de s’immiscer dans les conflits internationaux, chevillé au corps des Allemands depuis la folie destructrice du IIIème Reich ? 

La fameuse attaque allemande sur les camions-citernes du 4 septembre dernier qui a fait 140 morts afghans (dont la plupart civils) a précipité les choses. Un ex-ministre de la Défense a déjà démissionné, l’actuel titulaire du poste est de plus en plus controversé pour ses prises de positions, et même Angela Merkel devra vraisemblablement répondre à une commission d’enquête parlementaire. Le ministre des Affaires Etrangères (un libéral) préconise publiquement une sortie rapide d’Afghanistan, en léger décalage donc avec sa patronne de chancelière. 

L’Allemagne est prise entre son devoir d’allié militaire, sa volonté de compter sur la scène internationale et son soutien à la nouvelle administration américaine d’une part, et le pacifisme de sa population et les sombres perspectives de cette guerre d’autre part. 

Depuis le 4 septembre, les Allemands se demandent s’ils n’ont pas basculés du camp des « bons » dans le camp des »méchants ». Et mener une guerre quand on est un « méchant » est exactement ce qu’ils ne veulent pas. Donc, controverses politiques il y aura, commission d’enquête parlementaire il y aura aussi, mais le pouvoir politique ne peut pas continuer à ignorer la pression publique pendant beaucoup plus longtemps.    

14 décembre, 2009 à 0:02 | Commentaires (1) | Permalien


Le gouvernement par la peur

 

« Soit on ferme sa gueule soit on s’en va ». Voici la devise établie par la toujours très fine ministre de la Famille pour décrire le degré de démocratie au sein de ce gouvernement Sarkozy-Fillon. Elle a certes repris la formule d’un ancien ministre socialiste, Jean-Pierre Chévènement, qui avait naguère quitté le gouvernement Jospin, mais pour des raisons profondément stratégiques : il était, tout en étant ministre de l’Intérieur, contre la participation des nationalistes corses aux négociations sur l’indépendance de l’île. Avouons qu’il s’agit là de choses autrement plus fondamentales que les réserves exprimées par Rama Yade, ministre des Sports, sur la fiscalité des sportifs.

Cette soi disante absence de divergences au sein du gouvernement français actuel, est-ce une bonne chose ? Mille fois non. C’est cette façon de gouverner qui fait penser à un style plus proche du dictatorial : non que la constitution donne la possibilité au président de se passer des autres pouvoirs de ce pays et d’en devenir le dictateur. Mais le style compte pour beaucoup : quand on clame être le seul qui peut avoir raison, on fait la démonstration d’un absolutisme qui est vraiment d’un autre âge.

Souvenez-vous quand Ségolène Royal disait autrefois : « Je n’ai pas réponse à tout ! » Serait-ce pensable de la part de Nicolas Sarkozy ? Non, il croit tout savoir, et il croit surtout toujours avoir raison.

Regardons à titre de comparaison la façon avec laquelle gouverne Angela Merkel de l’autre côté du Rhin : elle a d’abord été obligée de se plier à des négociations de coalition ardues, en 2005 avec les sociaux-démocrates, en 2009 avec les libéraux. Une fois signé ce contrat de coalition (qui est le compromis entre deux partis politiques qui souhaitent gouverner ensemble), elle a pu mettre en œuvre sa politique. Tous ceux qui la connaissent sont unanimes sur un point : elle sait écouter. Elle écoute, donc, les uns et les autres. Puis, en parfaite Realpolitikerin, elle obtient des compromis, parfois sous des menaces, car c’est ainsi qu’on arrive à des concessions. Même si la notion de solidarité gouvernementale existe, il paraît impensable qu’elle exige « de fermer sa gueule ».  D’ailleurs, ses ministres ont souvent expliqué pourquoi leurs points de vue étaient différents. In fine, c’est la chancelière qui tranche ; mais ce sera seulement à défaut de ne pas avoir pu obtenir un compromis.

Certes, Merkel se fait reprocher son manque d’audace, et sa propension à privilégier le plus petit dénominateur commun. Mais elle est populaire à l’intérieur de son pays, et je pense honnêtement qu’elle pèse, à l’étranger, plus que Nicolas Sarkozy qui, même s’il est à la tête d’une puissance nucléaire, relativise le poids de la France par une politique illisible, opportuniste et imprégnée de mégalomanie.

5 novembre, 2009 à 10:12 | Commentaires (0) | Permalien


L’exemple de la Poste allemande

Dans les débats actuels autour d’une possible privatisation de La Poste en France, il est souvent question des Postes déjà privatisées en Europe. L’histoire de la Poste allemande est tout à fait intéressante dans ce contexte, car sa privatisation est vue par les uns comme un succès, par les autres comme le parfait exemple de la disparition du service public. En fait, tout dépend de la perspective dans laquelle on se place.

Sa privatisation, d’abord partielle, puis complète, s’est passée entre 2000 et 2005, 69,5% des actions se trouvant aujourd’hui dans des mains privées. Depuis 2008, la Poste ne jouit plus d’exclusivité dans ses attributions, sachant que la libéralisation complète du marché au niveau européen est prévue pour 2011.

La logique de l’entreprise est aujourd’hui celle d’un acteur comme un autre sur les marchés financiers :   Acquisitions sur des marchés étrangers (DHL, Danzas, Exel), présence de l’entreprise dans l’indice DAX, publication de résultats trimestriels, notation par les agences privées (Moodys, etc.). Le chiffre d’affaires pour 2008 a été en hausse de 0,8% par rapport à l’année précédente, mais le résultat net devient en 2008 fortement déficitaire, en raison des mauvais résultats et de coûts de restructuration dans certaines filiales américaines.

 La Deutsche Post AG est aujourd’hui davantage un groupe de logistique : « Notre business est le transport global » dit le rapport annuel.

Le service postal proprement dit n’est plus qu’une branche parmi d’autres, et pas la plus profitable. Les attributs de la Poste « à l’ancienne » ont été gardés : boîte à lettre jaunes, distributions journalières et à vélo. L’image du postier est donc sauvegardée. Mais en-dessous de cette apparence se cache une réalité plus agitée : le nombre de succursales qui seront prochainement transformées en « points postaux » dans des supermarchés et stations d’essence croît à une vitesse grand V. Le mauvais résultat de 2008 est donné comme raison principale pour mettre en place une politique de réduction de coûts. Les salaires pourraient baisser, les horaires de travail augmenter.

Les critiques se multiplient, même dans la presse conservatrice, car la disparition de certains fondements de la société allemande est désormais (depuis le début de la crise) vue comme potentiellement dangereuse.

 Le clou a néanmoins été l’arrestation en 2008 de Klaus Zumwinkel, PDG de la société entre 1990 et son arrestation, et artisan (et sûrement grand bénéficiaire) de cette privatisation. Il est accusé (et a été condamné pour) avoir dissimulé ses revenus en les transférant au Liechtenstein, et il est ainsi la personnalité la plus en vue parmi les fraudeurs révélés par une razzia du ministre des Finances.

Pour essayer de tirer une conclusion de toute cette évolution : oui, la Deutsche Post AG peut être présentée comme un succès car elle a désormais tous les attributs d’une grande entreprise qui ne nécessite pas de soutien étatique. Non, les salariés ne sortent pas gagnants de cette affaire, et quant aux consommateurs, il est trop tôt pour le juger car les aléas des marchés financiers font que tout peut changer pour eux. Et puis, surtout, non, la morale publique n’en sort pas grandie, puisqu’il paraît aux yeux de tous que la privatisation bénéficie au plus petit nombre.

6 octobre, 2009 à 15:50 | Commentaires (0) | Permalien


Les femmes ont vraiment pris le pouvoir

… en Allemagne. Ce n’est pas de la chancelière Angela Merkel dont je veux vous parler. Cela ne se passe pas à Berlin, mais plus de 300 km plus au Sud : à Bayreuth. Le festival d’opéra le plus élitiste du monde (jusqu’à 10 années de liste d’attente pour avoir des billets), est désormais dirigé par deux femmes, Eva Wagner-Pasquier et Katharina Wagner. Les deux demi-sœurs ont été nommées à l’issue d’une longue crise de succession, et la direction bicéphale n’a été instaurée que par souci d’apaisement  familial : il s’agit des deux filles, issu respectivement du 1er et du 2nd mariage, de Wolfgang Wagner, qui est le petit-fils du compositeur, ainsi qu’arrière petit-fils de Franz Liszt.

Mais femme ne veut pas forcement dire bien. Car ce festival a déjà été dirigé par des femmes : d’abord Cosima Wagner, la seconde épouse de Richard Wagner. Morte longtemps après son époux (en 1930), son implication dans des cercles autour d’Adolf Hitler, avant même que celui-ci accède au pouvoir,  a été forte, et a facilité le lien idéologique entre le dictateur et le compositeur. Puis, sa belle-fille Winifred Wagner, qui a dirigé le festival entre 1930 et 1944, a véritablement scellé cette union du mal.

Richard Wagner était clairement antisémite, il n’y a aucun doute là-dessus. Ces deux femmes ont cependant été le lien avec le national-socialisme, en adoratrices du dictateur nazi.

Donc, la question est la suivante : est-ce que Eva (qui est mariée avec un Français) et Katharina pourront démontrer que les femmes de cette famille sont capables d’une conscience historique ?

Eh bien, il semblerait qu’elles se sont attaquées au moins à ce problème. Elles ont annoncé juste après avoir accédé à la direction qu’elles avaient chargé une commission d’historiens qui doit examiner la véritable implication des Wagner dans le nazisme. Certains pensent que tout a été dit. D’autres souhaitent que des révélations importantes attendent les historiens et les festivaliers, peut-être sur l’influence que Winifred a pu avoir au sein du parti national-socialiste. Le mérite de cette initiative est en tout cas que les archives de la famille, soigneusement dissimulés et lâchés au compte-goutte, deviendront accessibles à cette occasion.

Femme ne veut pas forcement dire bien, mais c’est souvent l’annonce d’un changement des mentalités. Le courage semble en tout cas être du côté de ces deux dames, et il est salutaire de voir que même une vieille institution comme Bayreuth peut connaître un début d’inventaire.  

23 août, 2009 à 23:00 | Commentaires (0) | Permalien


La social-démocratie à bout de souffle

Socialisme, social-démocratie, la gauche…. quelque soit le terme retenu, ces idées-là ne séduisent plus l’électorat européen. Et cela à l’heure où Barack Obama souhaite enfin trouver le moyen d’une assurance-maladie pour chaque Américain, où il aide l’industrie américaine dans un élan étatique, où il rêve à voix haute d’un monde sans armes nucléaires, bref, à un moment où la politique américaine s’approche comme jamais du modèle européen que la social-démocratie a tellement aidé à forger !

Quelle contradiction ! « Nous sommes tous socialistes maintenant » titrait le magazine Newsweek il y a quelque temps. Et si c’était cela la réponse ? Tout le monde a la fibre sociale maintenant, un parti qui réclame d’être à l’origine de cette tendance n’est plus nécessaire ! Tout le monde combat la pauvreté, la violence contre les femmes, la réhabilitation des quartiers difficiles…

Que reste-t-il pour la gauche ?

Le SPD en Allemagne, tout comme le PS en France, se heurte exactement à cette disparition de sa spécificité. Il lui reste peut-être la révolte contre le patronat voyou avec entre autres l’idée de taxer de façon prohibitive les parachutes dorés et d’augmenter les impôts sur les riches de façon plus générale. Mais est-ce suffisant pour forger un électorat ? En tout cas, Angela Merkel, la chancelière chrétienne-démocrate, s’est approprié plusieurs thématiques « de gauche », et avant tout l’écologie à laquelle elle s’intéresse de près depuis les années 90.

En France, le style très particulier de Nicolas Sarkozy est encore plus difficile à affronter. Un président qui picore de bon cœur dans la panoplie politique qui s’offre à lui est impossible à cerner. Les débuts de sa présidence étaient faciles : le président bling-bling était la risée des journalistes de toute l’Europe. Cette période est terminée, et ce président n’hésite pas à se servir dans le panier socialiste pour le sujet X et dans le panier d’extrême-droite pour le sujet Y. Parfois, cela plaît, parfois non.

Le PS peine, tout comme le SPD, à se distancer idéologiquement de son adversaire politique. Ce n’est pas, à mon sens, une raison de désespérer : l’enjeu est, dans ce cas, de démontrer que la gauche s’intéresse peut-être aux mêmes thématiques que la droite, mais qu’elle poursuit, elle, les intérêts des classes populaires et des classes moyennes. Ce sera intérêts contre intérêts.

Puis, il faudra bien que les classes populaires retrouvent le chemin des urnes. Et il faudra que les classes moyennes perçoivent l’intérêt d’une alternance politique, qui sera forcement de gauche, et non pas écologiste, par exemple.

Il ya du travail en perspective. Les partis sociaux-démocrates pourront se reconstruire, en insistant bien sur leurs valeurs. Celles-là n’ont pas changé, finalement, depuis Karl Marx : mettre le capital au service du peuple, et non l’inverse.

16 juin, 2009 à 20:14 | Commentaires (0) | Permalien


La crise durera jusqu’en 2015 – ou plus

Eh oui, c’est le scénario que prévoient des économistes tout à fait sérieux pour l’Allemagne. Dans la dernière édition du mensuel Manager Magazin, la thèse est que l’appareil industriel allemand soit ébranlé de façon structurelle. L’explication est relativement simple : c’est la demande mondiale qui devrait faire défaut de façon durable, et l’économie allemande, tirée par l’export, en dépend de façon très significative.

Pour le Boston Consulting Group qui a conduit ces recherches, la récession sera très probablement suivie à partir de la fin 2010 d’une période de plusieurs années marquée par un taux de croissance mondial très faible. Dans ces conditions, l’Allemagne perd au minimum 2 millions d’emplois dans un premier temps (qui s’ajoutent aux 3,5 millions de chômeurs actuels). Une perte massive d’emplois veut dire que les capacités de production seront durablement affectées : les ouvriers licenciés sont pour la plupart une main d’œuvre qualifié qu’il a fallu des années à former. La nation perdrait la confiance dans son industrie, qui, depuis le dernier empereur, faisait partie de sa culture nationale. Les cinq secteurs phares de l’industrie allemande* perdraient leur poids dans la richesse nationale.

Le protectionnisme se développera sur l’échelle mondiale. Or, le modèle allemand est fondé sur l’ouverture des marchés et la compétitivité de ses produits. Cette compétitivité, bonne sur le plan qualitatif, a été encore améliorée ces dernières années par une modération salariale significative. Certains critiques parlaient même d’une déflation compétitive.

Mais la conjonction d’une demande mondiale faible, de surcapacités importantes, d’influence croissante des Etats sur les acteurs économiques (qui favorisera encore le protectionnisme) ne donne pas beaucoup d’espoir pour l’avenir.

Cette étude est intéressante notamment d’un point de vue : elle diverge des prévisions habituelles qui sont toutes plus rassurantes. Le ténor habituel est : 2010 sera l’année de la reprise, et tout recommencera comme avant. Ce qui n’est en général pas très bien analysé est qu’une récession profonde est difficilement absorbable : tant sur le plan politique (déficits abyssaux) que sur le plan industriel (contraction de l’appareil industriel), des années seront nécessaire pour que la machine tourne comme avant.

La solution, selon ces chercheurs ? Réorienter le plus vite possible l’appareil industriel vers des nouveaux horizons : Nanotechnologies, nouvelles techniques de propulsion dans l’automobile, application de biotechnologies dans l’industrie chimique. Et croissance verte, bien sûr. L’appareil industriel de ce siècle ne sera pas le même que celui du siècle dernier. Alors une reprise durable a ses chances.

*Automobile, Machine-outil, Chimie, Electronique, Métallurgie

19 mai, 2009 à 17:04 | Commentaires (0) | Permalien


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